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24e Dimanche du Tps Ord « B » 13 09 15
Première Lecture : Isaïe 50 5–9
Deuxième Lecture : Jacques 2 14–18
Évangile de Jésus Christ selon St Marc 8 27–35
"Jésus partit avec ses disciples pour les villages qui entourent Césarée de Philippe. Comme ils étaient en route, il posa cette question à ses disciples : “Qui dit-on que je suis ?” Ils lui répondirent : “Pour les uns tu es Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, l’un des prophètes.” Mais Jésus continua ses questions : “Et vous, qui dites-vous que je suis ?” Pierre répondit : “Tu es le Messie.” Alors il leur donna un avertissement : ils ne devaient rien raconter à son sujet. Jésus commença à les instruire en ce sens : “Le Fils de l’Homme doit souffrir beaucoup, il sera rejeté par les prêtres, les Anciens et les maîtres de la Loi ; on le tuera et après trois jours il ressuscitera.” Il leur parlait de cela avec beaucoup d’assurance. Pierre alors le prend à part et commence à lui faire la leçon. Mais Jésus se retourne, et comme il voit là ses disciples, il sermonne Pierre et lui dit : “Passe derrière moi, Satan ! Tu ne penses pas comme Dieu, mais de façon tout humaine.” Jésus avait appelé à lui la foule, en même temps que ses disciples, quand il leur dit : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Oui, celui qui veut se sauver lui-même se perdra ; mais celui qui se sacrifie (pour moi et) pour l’Évangile se sauvera". (Bible des Peuples)
Aujourd’hui, l’évangile nous présente Jésus, à un tournant important de sa vie. Après les acclamations de reconnaissances pour toutes les formes de soulagements et de guérisons qu’il a apportées, Jésus est confronté à la haine de tous ceux qui veulent l’éliminer. En plus, parmi ses disciples, certains sont partis sur la pointe des pieds. Ils attendaient un chef victorieux, chassant les romains pour redonner la première place à son peuple. Jésus refuse de se laisser enfermer dans cette vision de domination. A Pierre, qui le prend à part pour lui faire la leçon, Jésus réagit brutalement : « Passe derrière moi, Satan ! Tu ne penses pas comme Dieu, mais de façon toute humaine. » Pierre refuse le chemin de croix annoncé par son maître. Il ne voit pas qu’au bout de ce chemin de souffrance, Jésus annonce sa résurrection, la victoire de l’Amour sur toutes les forces du mal, y compris la mort. Cette annonce de la résurrection est tout à fait nouvelle pour Pierre et dépasse son entendement.
Affrontés chaque jour à la dure réalité de la souffrance, aux impératifs de la mort, pouvons-nous dire que nous sommes à l’aise dans ce combat entre la vie et la mort ? Comme les Apôtres, nous avons les mêmes réticences pour accueillir la perspective de Jésus, à savoir sa résurrection, au-delà des souffrances. Aujourd’hui, comme au temps des apôtres, nous ne comprenons pas, la souffrance du monde, nos souffrances, nos échecs, nos désillusions et nos désespoirs. Les vagues de migrations, qui traversent l’Europe, sont comme un cri de souffrance de peuples qui cherchent un chemin de vie.
Il en est de la souffrance du monde comme celle où chaque homme entre un jour ou l’autre. Lorsqu’on est âgé et que l’on n’a plus la force de se composer un visage, de se faire un corps présentable, parce que la maladie est dedans, et que l’on en vient à se demander comment on pourra finir dignement sa vie. Lorsque dans une famille on dit : « Mais que faut-il faire puisque mon mari refuse d’accueillir son gendre…… et on pourrait multiplier les exemples dans ce domaine, les familles éclatées – les enfants maltraités – l’ancien conjoint qui n’a pas le droit de visite pour ses enfants… »
Les souffrances de chaque homme rejoignent l’unique douleur du monde, qui monte des quatre coins de l’horizon – ce sont les cris de justice, de dignité, le droit de vivre… On peut fuir la souffrance, c’est un réflexe vital. Mais on finit toujours par être rattrapé. On peut essayer de l’oublier. On peut aussi désespérer et se laisser aller. Il vient un moment où l’on sent qu’il ne serait pas digne de fuir. Plongé dans la souffrance, c’est le vertige. On est fait pour vivre : « que vous ayez la vie, la vie en abondance » nous dit le Christ.
La parole de Dieu de ce jour nous annonce que la souffrance peut devenir un lieu où souffle l’esprit créateur qui a sa source en Dieu : c’est le lieu de la résurrection. Là, quelqu’un nous fait vivre. Dieu se manifeste à nous par les petits gestes, l’attention, l’accueil, le respect, la reconnaissance. Dimanche dernier, après toutes les images de marche forcée par le désespoir, on a pu s’émerveiller de voir renaître des sourires sur le visage des personnes épuisées. En Autriche et en Allemagne, des gens du pays sont venus les accueillir avec chaleur, et ça change tout. Une nouvelle vie semble possible. C’est ce qui reste à faire. St Jacques nous disait : « Si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? » L’Eglise nous invite à réanimer notre foi pour la rendre active. La foi n’est pas une notion, une idée, un mot, c’est un engagement. C’est parce que j’aime, parce que je crois, que je suis prêt à aller jusqu’au bout de mes limites. Par ailleurs, la foi chrétienne nous dit que, grâce à la résurrection, les limites, elles-mêmes, sont repoussées.
Le Pape François, en proposant une année de la Miséricorde, voudrait que tous les croyants témoignent de la bonté de Dieu dans le concret de leur vie : dans leur façon de parler des autres, de chercher à comprendre avant de juger et de condamner, savoir pardonner. Ce projet rejoint l’évangile, mais il n’est pas bien reçu par certains. C’est d’abord, parce qu’il n’est pas bien compris. Jésus a été condamné par les grands prêtres qui voyaient en lui un opposant, donc un imposteur. Aujourd’hui, le Pape François fait aussi l’expérience de l’incompréhension parmi certains proches collaborateurs. Cette incompréhension, que nous pouvons également connaître, fait partie de la dureté de la vie humaine. « Là où il y a l’Homme, il y a de l’hommerie. »
Jésus-Christ nous livre sa propre expérience : « Oui, il y a la mort. Oui, il y a l’hostilité des hommes. Mais il y a Dieu » La souffrance et la mort sont toujours là, autour de nous, en nous. Mais avec nous il y a ce frère, Jésus-Christ, ce compagnon qui nous empêche de nous résigner à la souffrance et à la mort. « Ainsi, tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » « Réconfortez-vous mutuellement par ces paroles d’espérance ».