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15e dimanche du Tps Ord. B – 12 07 15
Première Lecture : Amos 7 12–15
Deuxième Lecture : Éphésiens 1 3–14
Évangile de Jésus Christ selon St Marc 6 7–13
Il appela à lui les Douze et commença à les envoyer deux par deux ; il leur donna autorité sur les esprits impurs. Il leur recommanda de ne rien prendre d’autre qu’un bâton pour la route ; ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture. “Seulement des sandales aux pieds, leur dit-il, et n’emportez pas deux tuniques.” Il leur dit encore : “Quand une maison vous sera ouverte, restez-y jusqu’au moment de votre départ. Si l’on ne vous reçoit pas, si l’on ne vous écoute pas, vous secouerez la poussière qui est sous vos pieds avant de partir, ce sera un avertissement.” C’est ainsi qu’ils partirent pour appeler à la conversion. Ils chassaient bien des démons et guérissaient de nombreux malades avec une onction d’huile.
Dans l’évangile de dimanche dernier, les habitants de Nazareth refusaient de partager l’admiration qui grandissait autour de Jésus. D’où cette phrase qui se répandra plus tard : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? » La première lecture de ce jour nous présente, Amos, un autre prophète que les notables envoient ailleurs pour le faire taire. On lui rappelle qu’il doit s’occuper de ce qu’il connaît : « son travail de paysan ». C’est encore vrai aujourd’hui où les notables de l’Europe n’ont rien d’autre à discuter avec les Grecs que le remboursement de leur dette. Après tout ce qu’ils ont vécu, ça ne peut pas être une perspective. Une chose est sûre, on ne peut pas toujours exiger des efforts aux mêmes, alors que la plupart des richesses échappent à la loi. Le premier devoir des Etats et de l’Europe, c’est d’assurer la survie et de donner confiance à la population. Les droits humains doivent être assurés avant tout : à savoir la nourriture, la santé, l’école, le domicile et la reconnaissance légale. Ce n’est assurément pas le cas aujourd’hui pour les immigrés qui viennent sur nos côtes, les SDF, les sans-papiers…
Je voudrais souligner un aspect d’Amos. C’est un paysan sans histoire. Il garde les vaches, il entretient les figuiers et il cultive son potager. Chaque semaine, il va vendre ses fruits et légumes au marché de Samarie. Là, il rencontre des collègues qui pratiquent leur religion avec beaucoup de minutie, sans rater la moindre rubrique liturgique. Mais Amos est très perplexe car il s’aperçoit que certains d’entre eux faussent les balances et font payer aux pauvres, les déchets du froment comme si c’était du bon. Avant de voir ces trafics, jamais Amos n’aurait imaginé qu’un vrai croyant puisse en arriver là, avec une telle hypocrisie.
Ce décalage entre le discours des croyants et leur action scandalise Amos, qui est foncièrement droit et honnête. Des nuits entières, il n’en dort pas. Obsédé par le souci de vivre dans la vérité, passionné du désir de voir la terre tourner plus juste, alors qu’il se voit entouré de mensonge et d’oppression, c’est plus fort que lui : un jour, en pleine heure de pointe, au marché, il explose : « Avec vos marchandises avariées et vos mesures trafiquées, vous exploitez les pauvres ! Vos belles célébrations ne sont que du tape-à-l’œil ! » Quand le grand prêtre Amazias de Béthel le fait arrêter pour l’envoyer ailleurs, Amos répond : « Le seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : « Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. » Amos n’avait rien demandé, il était bien tranquille dans ses occupations, mais c’est le Seigneur qui lui demande de crier son indignation. Ce sont de nombreuses injustices qui font bouillir la marmite intérieure d’Amos, au point qu’elle déborde : « Vous, vous ne songez qu’à vous enrichir, vous êtes vautrés sur vos divans et vous faites des gueuletons tous les jours, et vous oubliez le peuple dans sa misère! » Même les magistrats ne sont pas épargnés: « Au nom de la loi, vous arrangez vos sentences à la mesure des pots-de-vin que les riches vous glissent sous la table au détriment des petits ! » Tout ce qu’Amos dénonçait plusieurs siècles avant Jésus, c’est surprenant que c’est toujours d’actualité.
Pour Amos, c’est très clair : sa vocation, il n’y est pour rien. C’est Dieu qui lui a fait sentir que l’injustice est inacceptable, et il le proclame, haut et fort, au risque de se faire mal voir et rejeter. Pour le Pape François, n’est-ce pas la même chose ? Ayant vécu lui-même, depuis son enfance, au milieu du peuple, il est resté proche de leurs préoccupations. Il comprend leur angoisse, leur exprime sa compassion et il leur reste accessible. Il a voulu sa visite actuelle en Amérique Latine, pour rencontrer et pour soutenir les plus pauvres.
Comme Amos, Jésus sera confronté aux mêmes difficultés, aux mêmes injustices, aux mêmes façons de faire. Quand il appelle les douze, il les envoie deux par deux. Il leur dit : « En route ! » Mais la route, ça ne va pas dans le sens des choix de tout le monde ! Là où l’argent est prioritaire, Jésus dit de ne rien emporter. Si la nourriture devient source d’inquiétude, il dit : « Pas de provision ! » À ceux qui s’appuient sur leurs diplômes et leur compte en banque, il demande de déposer leur sac. Car pour lui, le vrai choix c’est la route : croire, c’est marcher sa vie ; le plus important pour un croyant, ce n’est pas d’être arrivé, mais de se mettre en route et de ne pas se satisfaire à bon compte.
Célébrer l’Eucharistie chaque dimanche, c’est prendre précisément du recul, se laisser interpeller par la Parole de Dieu et le cri des hommes. A l’image d’Amos, les forces que Dieu à mises en chacun devraient se réveiller devant les multiples confrontations et sollicitations de l’existence. A savoir, soutenir les efforts entrepris aujourd’hui pour la paix et pour donner à chacun les moyens de vivre. Certes, chacun de nous se sent petit devant tout ce qui mérite d’être amélioré. Et pourtant, Dieu, comme nos frères ont besoin de notre révolte, de notre soutien, de notre engagement. C’est à cette conversion là que Dieu nous appelle aujourd’hui.