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16° Dimanche du Tps Ord « B » 19 Juillet 15
Première Lecture : Jérémie 23 1–6
Deuxième Lecture : Éphésiens 2 13–18
Évangile de Jésus Christ selon St Marc 6 30–34
Les apôtres se retrouvèrent autour de Jésus et lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : “Venez donc à l’écart dans un lieu désert, vous vous reposerez un peu.” Car les gens allaient et venaient en si grand nombre qu’on n’avait même pas un instant pour manger. Ils partent donc en barque pour s’isoler dans un lieu désert, mais on les voit partir et beaucoup comprennent ; de toutes les villes des gens accourent à pied et arrivent avant eux. Lorsque Jésus débarque, il voit beaucoup de monde et il se sent plein de compassion pour ces gens, car ils font penser à des brebis sans berger. Et il se met à les instruire longuement.
Le Pape François vient d’accomplir sa première visite pastorale en Amérique Latine. Il a visité trois petits pays parmi les plus pauvres : l’Equateur, la Bolivie et le Paraguay. Des millions de chrétiens et non chrétiens se sont déplacés pour le voir, l’entendre et lui confier leurs souffrances. Comme Jésus dans l’Evangile, le Pape François a été ému devant une misère qui paraît sans remèdes. Il a su redonner une espérance en dénonçant le mal qui paralyse nos sociétés. A ce propos, il disait : « de ne pas céder au modèle économique idolâtre qui a besoin de sacrifier des vies humaines à l'autel de l'argent et de la rentabilité », car : « le développement économique doit avoir un visage humain ». En effet, le mot HUMAIN est courant dans le vocabulaire, mais il est très difficile de le voir à l’action. On se sert des Hommes pour la rentabilité, pour des objectifs économiques, mais rien n’est fait pour que les hommes et les peuples puissent se rencontrer et s’apprécier. C’est précisément cela qui rend humain. Or, tout est fait pour diviser et favoriser le chacun pour soi, qui mène au désespoir.
Jésus conduit ses apôtres à l’écart : « pour se reposer et les instruire longuement ».
Aujourd’hui, nous sommes rassemblés pour nous mettre à l’écoute de la parole de Dieu. Il nous invite à prendre du recul devant les urgences pour ne pas oublier l’essentiel. Aujourd’hui, nous avons à notre portée de multiples chaînes de télés, de radios, de journaux, de magazines. Leur rôle est de nous informer, de nous aider à réfléchir tout en respectant la complexité du monde. Mais posons-nous la question : sur quelle chaîne de télé avons-nous trouvé et entendu les motivations que le Pape a données pour faire renaitre l’espérance ? Comment se fait-il que l’essentiel de son message soit resté dans l’ombre ? Serait-il subversif ? N’est-ce pas une façon de faire habituelle ? En Bolivie, le Pape proclame à la foule rassemblée, «Disons-le sans peur: nous voulons un changement réel, un changement de structures». En dénonçant le silence fait autour de ceux qui meurent de froid et de faim en Equateur, il souligne une réalité scandaleuse : « Un pauvre qui meurt de froid et de faim n'est pas considéré aujourd'hui comme une information, mais si les bourses des principales capitales du monde baissent de 2 ou 3% ça fait un scandale mondial». Ce que le Pape dénonce en Amérique Latine est vrai également chez nous, même si cela n’est pas identique.
Comme au temps de Jésus, les attentes du peuple sont bien réelles ; elles le sont encore aujourd’hui. Vous savez très bien que, chez la plupart des chrétiens et en particulier chez nos enfants, une apparente indifférence spirituelle et religieuse cache une faim et soif de vérité. Ils ont faim de quoi, nos enfants ? De chips, de coca, de télé, de jeux électroniques, de drogue ? Si nos enfants n’ont pas d’autres perspectives, c’est qu’on n’a pas su leur transmettre ce qui est essentiel pour nous. « On en reste au petit lait », comme disait St Paul. Vous-mêmes, tout remplis d’un grand désir de leur donner autre chose que de la camelote, vous découvrez peut-être qu’un certain vide vous habite ?
Chacun peut avoir le cœur desséché par l’épreuve, les injustices ou les échecs en tout genre. A partir des épreuves concrètes de la vie, chacun peut arriver à douter de l’existence et de l’amour de Dieu. Trop souvent les désirs les plus profonds sont cachés sous une multitude de besoins artificiels. En même temps, la soif authentique: d’aimer et d’être aimé, de même que la soif de justice et de vérité qui traversent le cœur de chacun, sont submergées et noyées dans les multiples sollicitations quotidiennes. La seule façon d’en sortir, c’est de vider le caddie de ses dépendances, pour être réellement acteur de son existence. C’est prendre sa vie en main. C’est devenir artisan de son avenir, de son propre bonheur.
Ce dimanche, nous avons quitté nos occupations pour nous mettre à l’écoute de l’enseignement de Jésus et pour l’incarner dans notre existence concrète. Nous voici interpellés, car il nous faut chaque jour discerner entre les urgences et l’important. Les urgences ? Pas besoin de courir après : elles se pressent au portillon de notre quotidien, entraînant derrière elles le danger omniprésent de dispersion et son cortège de stress en tout genre. Or, plus une vie est donnée et tournée vers les autres, plus les temps de « recueillement » sont indispensables pour mieux déceler et transmettre ce que nous avons découvert de la présence de Dieu.