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TOUSSAINT – 2009
1ère lecture : Apocalypse 7, 2-14
2ème lecture : 1ère lettre de St Jean 3,1-3
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 1- 12
Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux!»
" Heureux " : est le premier mot que l'évangile de Matthieu met dans la bouche de Jésus, le jour où il commence sa prédication en Galilée. Et neuf fois de suite, le voilà qui annonce que non seulement le bonheur est possible, mais qu'il est là, aujourd'hui, à la portée de chacun de ses auditeurs. A notre portée, à nous aussi. Les béatitudes sont au cœur de la prédication de Jésus.
Alors, pourquoi a-t-on fait de notre religion quelque chose de triste, d'ennuyeux. Une religion à base d'interdits et d'obligations ? Une religion de l'effort morbide et pas assez une religion basée essentiellement sur l’Amour? Ce que Dieu vient nous annoncer en Jésus Christ, c'est le bonheur, la bonne nouvelle du bonheur donné à l'homme et sa libération. Donc, pour commencer, il faudrait nous débarrasser de cette image de la foi austère, pleine d'obligations désagréables. Redécouvrons le sens plénier du mot AMOUR. Quand on aime, on ne peut pas faire seulement ce qui plaît ou ce qui arrange. Aimer a ses exigences. Aimer c’est être heureux ensemble du même amour, et cela se construit jour après jour. Tous les textes de cette fête de la Toussaint rayonnent de joie. Apprenons donc à accueillir cette joie, à la faire nôtre.
Nous fêtons aujourd’hui tous les amoureux de la vie. De tous ceux et celles qui se sont laissés saisir par la Parole de Dieu et qui l’ont mise en pratique dans leur vie. Les Saints? Ce sont ceux qui ont marqué notre existence, qui nous ont laissé le témoignage d’une vie tournée vers l’amour, malgré leurs faiblesses et leurs fragilités. Ce sont ceux qui ont réveillé en nous une force extraordinaire, une capacité d’aimer. Ils ont aimé la terre comme Dieu l'aime. Pas comme nous l'aimons parfois quand nous voulons la posséder, la prendre aux autres, nous faire puissants sur les autres, faire régner nos idées, que sais-je ? Les saints et les saintes, sont nos frères et sœurs en humanité ; ce sont des personnes qui ont fait progresser l'humanité vers plus de vie. Pour ne citer que quelques uns de nos contemporains : l’Abbé Pierre, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Mgr Helder Camara, tous à l’affût des plus grandes misères pour faire naître un sourire et un peu de bonheur au milieu des pires difficultés.
Les saints, ce sont les gens qui ont manifesté par leur façon de vivre que l’amour est au cœur de l’existence. Pour les chrétiens, cet amour, c'est Dieu lui-même. Et tant d’autres qui vivent de cet amour sans en connaître la source. S’il existe des saints dont la vie extraordinaire ne peut être imitée par le simple mortel, d’autres, non moins saints que les premiers, ont eu une vie toute ordinaire et en même temps exemplaire. Là je pense au témoignage que nous ont laissé nos parents, des amis, des militants…. Durant leur existence, ils ont cherché à mettre en œuvre la bonne nouvelle du bonheur que Dieu nous propose par les « Béatitudes ».Oui, ils sont heureux ceux qui se lèvent, ceux qui se mettent en route, ceux qui marchent pour travailler au bonheur proposé. Même si c’est difficile, ils sont déjà dans la réalisation de ce bonheur.
Pour notre temps, certaines béatitudes méritent un soin particulier. En voyant toutes les violences autour d’un match annulé, et toutes les bagarres organisées de façon systématique pour se défouler sans se soucier des conséquences sur les blessés, les voitures brûlées, les magasins saccagés, la nature polluée par des feux provoqués. Alors on peut mieux comprendre aujourd’hui l’appel de Jésus, disant : « Heureux les doux », ceux qui mettent un peu de liant et de douceur sur les blessures.
Quand tant de personnes se trouvent impuissantes et réduites à rien, parce que le plus fort s’arrange avec les lois, parce que leur emploi disparaît suite au trafic de ceux qui jouent avec la vie des autres. Alors on accueille de façon originale l’appel de Jésus, disant : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice », ceux qui n’hésitent pas à prendre des risques pour être vrais et droits, dans la défense des plus faibles. Je pense à tous les bénévoles dans les associations : UNICEF, CCFD, Restos du Cœur, Amnesty International et tant d’autres si souvent dénigrés par le détournement de quelques profiteurs.
Pour donner de l’actualité à cette belle fête de Tous les Saints, puissions-nous mettre en valeur l’actualité qui nous touche, en lien avec les Béatitudes, pour soutenir les élans de ceux qui sont fatigués, de redonner le sourire à ceux qui pleurent, de ne pas abandonner ceux qui se croient seuls, redonner à l’Amour sa vraie grandeur dans l’existence humaine.
En cette Eucharistie, Dieu se révèle à nous faible, pauvre, sous les apparences d'un morceau de pain. Mais Dieu se révèle aussi nourriture, force pour continuer la route. Recevons cette révélation de Dieu dans la pauvreté des signes qu'il nous donne: le pain eucharistique et la vie de nos frères les saints. Apprenons que le témoignage que nous avons à rendre est aussi constitué de pauvres gestes, les gestes quotidiens de l'amour, de l'amitié, de la solidarité.