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4e dimanche du Carême « C » 14 Mars 10
Première Lecture : Josué 5 9–12
Deuxième Lecture : 2Corinthiens 5 17–21
Évangile : Luc 15 1–32
Comme à beaucoup de chrétiens, il m'arrive d'être inquiet quand je regarde ce qui se passe dans nos communautés chrétiennes. De moins en moins d'enfants sont baptisés et suivent les cours d’enseignement religieux catholique. Les ados et les jeunes couples se font rares dans nos assemblées. Les vocations sacerdotales et religieuses se réduisent comme peau de chagrin. Vais-je pleurer? Non, je ne pleurerai pas, car je ne pense pas que ce soit un drame. Je ne suis pas inquiet parce que je crois que Dieu est toujours là avec nous. Et puis si Dieu voulait que les églises soient pleines aujourd'hui, il n'aurait besoin ni de publicité, ni de vidéo-clips.
C'est vrai, Dieu est tellement discret, qu’il parait absent. Peut-être que par là, Dieu veut nous dire quelque chose ! Il me fait signe de laisser derrière moi le vieux monde et d’être attentif à sa présence dans ce qui se crée et s’invente de neuf pour l’avenir.
L’Eglise du diocèse de Metz a vécu, il y a huit jours, un Forum rassemblant plus de huit cents participants. Quatre cents ont été refusés par manque de place. Malgré tous les indices négatifs à l’égard de l’Eglise, quel est donc l’intérêt qui a mobilisé tant de monde ? Dans un monde ébranlé où les repères perdent leur saveur, ces croyants étaient invités à partager leur Espérance ? Les intervenants ont permis de regarder le monde d’aujourd’hui tel qu’il est avec ses difficultés et ses chances. Chacun était invité à chercher dans le quotidien de ses proches et du monde entier ce qu’il percevait de Dieu présent et vivant. La table ronde et toutes les rencontres y compris l’Eucharistie ont rappelé la richesse de la diversité.
Mais où étaient donc, ce jour là, les séminaristes et futurs prêtres qui vont être envoyés dans ce peuple ? Ne sont-ils pas les premiers concernés par cette démarche d’espérance qui a stimulé tous les présents ? Ne sont-ils pas membres du même peuple ? Comme se fait-il que les responsables de leur formation n’aient pas vu l’enjeu ? Pourtant un pasteur doit tout faire pour mieux connaître son peuple. Jésus n’a-t-il pas fait chemin avec les disciples d’Emmaüs ? Tout ce qui marque ses disciples a place dans son cœur. C’est ensemble que nous pouvons faire Eglise.
Et l’Eglise joue son rôle quand elle met tous ses efforts à promouvoir le développement de l'homme. L’évangile m’a appris peu à peu que ce n'est pas Dieu qu'il faut mettre dans les activités mais le chercher plutôt où il est bien présent et vivant.
La foi ne se résume pas à ce que nous en connaissons : à une prière avant le repas ou à la fin d’une réunion, à une messe anniversaire….etc. Ce qu'il faut, ce n'est pas tant mettre Dieu dans des activités, mais de le reconnaître, de révéler sa présence, car il est déjà là bien avant nous.
C'est vrai, nous vivons actuellement un passage difficile en Église. Mais le peuple de Dieu a connu bien d'autres passages difficiles. L'exil de Babylone qui fit pleurer Isaïe ; l'écroulement de l'empire romain, de l'Église qui passe aux barbares. Imaginez le choc d'alors. Et ce n'est pas seulement l'Église qui a apporté de nouvelles valeurs aux barbares, mais les barbares ont, eux aussi, changé l'Église, ils étaient à leur façon porteurs de l'Esprit de Dieu. Et si ce que nous vivons aujourd’hui, était un nouveau passage que nous sommes appelés à vivre ! Dieu est surprenant, il ne suit pas toujours nos raisonnements. Et si c'était Dieu qui nous disait que ce n'est pas l'Église, ni la catéchèse, ni la pratique religieuse qu'il faut d'abord sauver – même si elles sont importantes pour structurer l’Eglise. A la suite de Jésus, l’essentiel c’est de prendre soin de l'homme et de la femme d'aujourd'hui qui sont menacés à force de techniques, de robots et de rentabilités. Si nous ne faisons pas attention, il ne restera plus que des dominés et des dominants. Où seront donc les fils d’un même Père ?
Aux pharisiens qui récriminaient contre Jésus parce qu'il mangeait avec les publicains, en présence des prostituées et allait vers les marginaux, Jésus leur dit cette parabole :
"Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père :
Père donne-moi la part d'héritage qui me revient.
Puis il partit pour un pays lointain, où il gaspilla sa fortune... "
Ce texte parle sans doute de réconciliation. Mais il y a plus que cela. Il y a l'aîné et le cadet, le vieux monde et le nouveau. Comme tant de nos jeunes, le plus jeune fils a tout envoyé balader. Il est parti chercher ailleurs, peut-être parce qu'il ne trouvait pas Dieu où nous l'avions mis, parce que le visage de Dieu que nous lui montrions n'était pas celui qui l’intéressait. Il avait d'autres faims, d'autres soifs, d'autres besoins. Mais quand il revient avec son expérience difficile, Dieu l'attend et l’accueille déjà sur le chemin. Ce ne sera plus jamais comme avant : il fait l'expérience d'un Dieu qui prend l'initiative de la réconciliation, qui entre dans une relation fraternelle, dans une relation d'alliance, dans une relation de partenaire. Or l’aîné reste enfermé dans son regard sur son jeune frère. A cause de sa « rogne » il n’est plus en capacité d’écouter son père. Dieu qui veut réunir et fêter sa famille se heurte à des personnes enfermées dans leur passé. Mais quoiqu’il arrive, Il cherche par tous les moyens à faire triompher la réconciliation dans l’Amour. N’est-ce pas l’objectif de Dieu que Jésus est venu nous transmettre.
Et si c'était ça l'Église... un espace où l'homme et la femme de demain sont en train de naître, sont toujours en train de renaître... et où on respecte les différences... où on laisse choisir... où on vit le partenariat... où on éduque à la responsabilité dans une société qui fabrique des assistés... où on vit le changement. Il ne s’agit pas d’une mode, mais d’une conversion. C’est le sens profond du carême chrétien qui n’a rien à faire avec la couleur du temps et des sondages.
Et si c'était ça l'Église... un espace où nous apprenons que nous sommes plus grands que nos biens matériels. La vraie grandeur de l’Homme, c'est sa capacité à se mettre au service de sa famille qu’est l’humanité. Chacun a de quoi aider d’autres à vivre et à espérer.
Depuis que j'ai compris que Dieu voulait organiser une fête avec des hommes concrets, pleins de limites et de possibilités, je suis moi aussi, heureux et fou de liberté. Et je sais que la vie, même en Eglise, ne devrait pas se répéter, qu'elle est toujours en chemin. Peut-être est-ce ça que Dieu veut me dire à travers les bouleversements d'aujourd'hui ! Tu es fait pour aider à construire une Église de liberté, une Église toujours neuve. Chrétiens, c’est à cette tâche là que nous sommes tous appelés !