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4° Dimanche de Carême "C" 10 03 13

 

4° Dimanche de Carême « C » 10 03 13

Première Lecture : Josué 5 9–12

Deuxième Lecture : 2Corinthiens 5 17–21

Évangilede Jésus Christ selon St Luc 15 1–32

 

On voyait tous les collecteurs de l’impôt et les pécheurs s’approcher de Jésus pour l’écouter.  Les Pharisiens et les maîtres de la Loi s’en plaignaient : “Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux !” Aussi Jésus dit-il à leur intention cette parabole : Imaginez que l’un d’entre vous possède 100 brebis, et il en a perdu une. Est-ce qu’il ne va pas laisser les 99 autres dans le désert, et courir après celle qui s’est perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la met tout joyeux sur ses épaules et, rentré chez lui, il rassemble amis et voisins et leur dit : ‘Partagez ma joie, car j’ai retrouvé ma brebis perdue !’ Je vous le dis : Il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de se repentir. “Si une femme a dix pièces d’argent, et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison et chercher soigneusement jusqu’à ce qu’elle la trouve ? Et quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et voisines et leur dit : ‘Partagez ma joie, car j’ai retrouvé la pièce que j’avais perdue !’  De même, je vous le dis, on est tout joyeux chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent.” Jésus dit encore : “Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part du domaine qui me revient.’ Et le père leur partagea son bien. Le plus jeune fils ramassa tout et partit peu après pour un pays lointain où il dépensa son héritage dans une vie de désordres. Quand il eut tout dépensé, une grande famine s’abattit sur ce pays et il commença à manquer de tout. Il alla donc se mettre au service d’un des habitants du pays qui l’envoya dans ses champs pour garder les cochons. Là il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les cochons, mais à lui, personne ne lui donnait rien. Il rentra alors en lui-même : ‘Combien d’ouvriers de mon père, se dit-il, ont du pain plus qu’il n’en faut, et moi ici je meurs de faim. Je vais me lever, retourner vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le Ciel et devant toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, mais prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se mit donc en route et retourna chez son père. Quand il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa tendrement. Le fils alors lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le Ciel et devant toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Apportez vite la plus belle tunique et habillez-le, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds. Allez chercher le veau gras et tuez-le, car il nous faut manger et faire la fête : mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à faire la fête. Le fils aîné était aux champs, mais il finit par rentrer. Comme il approchait de la maison, il entendit la musique et les danses. Il appela l’un des garçons et lui demanda ce qui se passait. L’autre lui répondit : ‘C’est ton frère qui est arrivé et ton père a tué le veau gras car il l’a retrouvé en bonne santé.’ Il se mit en colère. Comme il refusait d’entrer, son père sortit pour l’en prier. Mais il répondit à son père : ‘Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à un seul de tes ordres, et à moi tu ne m’as jamais donné un chevreau pour faire la fête avec mes amis. Mais lorsque revient ton fils que voilà, celui qui a mangé toute ta fortune avec les prostituées, tu fais tuer pour lui le veau gras !’ Le père lui dit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est toi C’est maintenant qu’il fallait faire la fête et se réjouir, car ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé !’”

 

Dans ce temps de carême, l’Eglise nous invite à regarder de près nos relations réelles à l’égard de Dieu et du monde. Les tentations du Christ, 1er dimanche de carême, nous interrogeaient sur nos propres tentations et nos impasses. Le 2° dimanche, par la transfiguration, elle rappelait les perspectives de notre existence, qu’on appelle la vie avec Dieu. Et dimanche dernier, à partir du massacre de Pilate et de la chute de la tour de Siloé, Jésus nous a invités à ne pas nous laisser enfermer dans les malheurs du moment. Aujourd’hui, dans la parabole des deux fils, Jésus nous invite à regarder le cœur de notre foi : Dieu nous aime comme le meilleur des Pères et des Mères.

            Une fois de plus, Jésus refuse de se laisser enfermer dans le raisonnement des pharisiens et des scribes qui veulent « sa peau ». Il a trop de respect pour les gens. Il les accueille avec tout ce qu’ils sont, y compris leurs limites et leurs fragilités.   

Cette attitude des pharisiens, qui veulent tout justifier à partir de leurs théories, est toujours d’actualité. C’est toujours pareil : chaque fois que l’humanité traverse une période de profonde mutation, on assiste à un bouleversement du sens des valeurs religieuses. Panique, évidemment, chez certaines personnes plus fragiles, qui se réfugient dans des dévotions coupées du réel. D’autre part, « L’Eglise connaît elle aussi la tentation de se replier sur elle-même, de croire qu’avec la matérialité des mots, la rigueur des règles, elle résoudra les questions de l’homme. » disait Mgr A. Rouet. C’est vrai qu’au niveau économique, politique, scientifique, philosophique, on se contente de la théorie et rien ne change dans la réalité sur le terrain : les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches toujours plus riches. Et on trouve légitime que les riches continuent à s’enrichir. Or Jésus, par sa parabole, nous dit que le cœur de la vie n’est pas la richesse mais l’amour et la fraternité. Ca ne veut pas dire que l’argent n’a pas un rôle important à jouer au service de la fraternité et de la redistribution. Beaucoup de nos malheurs sont le résultat de cette course effrénée à l’argent. En mettant l’argent au-dessus de tout, on cache les forces vives de chaque personne. Ce sont les capacités de réfléchir, de comprendre, de choisir, de s’engager et surtout d’aimer et d’être aimé.

            Dans l’évangile d’aujourd’hui, ce qui a perdu le plus jeune fils, c’est son instinct et sa soif de liberté à qui il a donné libre cours. Quant à l’aîné, n’a-t-il pas également donné libre cours à son instinct de conservation. Tout en prenant des attitudes opposées, les deux frères réagissent de la même façon. C’est à partir de leurs limites que le Père les invite à une nouvelle étape : à découvrir son amour.

Ceci peut intéresser les parents qui s’interrogent sur le comportement de leurs enfants et qui, à tort ou à raison, se mettent à paniquer lorsqu’ils les voient foncer à corps perdu  -  et se perdre  -  dans l’univers de la dispersion où seuls comptent les jeux vidéo, internet et toutes les formes de drogue. Peut-être faut-il aller jusqu’au bout de ce « pays lointain » et d’y gaspiller le meilleur de soi-même en futilités sans consistance, pour s’apercevoir un jour, qu’à la place de la vraie vie, il n’y a plus qu’un grand vide. Et comme on a peur du vide, on fait du remplissage.

Dans ce temps de carême, qui est un temps de réflexion, nous sommes comme les fils de la parabole, devant un vide. « Alors, il rentra en lui-même… » Nous aussi, il nous faut réfléchir à ce qu’est l’essentiel de la vie. De même, à Rome en ce moment, les cardinaux qui préparent le prochain conclave, doivent aussi réfléchir. Réfléchir sur les besoins du monde d’aujourd’hui. Mais aussi comment transmettre et dévoiler l’amour de Dieu au cœur de cette vie.

Les chrétiens qui vivent ce temps de carême, comme les cardinaux qui préparent le conclave, doivent engager de nouveaux comportements. Il ne s’agit pas de faire plaisir, de se contenter de la décoration et des apparats. Il s’agit de transmettre l’espérance que Dieu nous propose dans l’aujourd’hui de notre existence. Il veut le bonheur de ses enfants. Il n’est donc pas une menace, mais il nous invite à réinventer pour aujourd’hui la mise en œuvre d’un bonheur partagé. Dans ce sens, prenons à cœur ce beau chant : «  Si tu dénoues les liens de servitude, Si tu libères ton frère enchaîné, La nuit de ton chemin sera lumière de midi. »

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