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Première Lecture : Exode 3 1–15
Deuxième Lecture : 1Corinthiens 10 1–12
Évangile de Jésus Christ selon St Luc 13 1–9
C’est alors qu’on mit Jésus au courant d’un massacre de Galiléens : Pilate avait fait couler leur sang là-même où ils sacrifiaient leurs victimes. Jésus alors leur dit : “Croyez-vous que ces Galiléens étaient plus pécheurs que tous les autres Galiléens pour avoir eu ce sort ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous pareillement ! Et les 18 personnes de Siloé sur qui la tour est tombée, et qui ont été tuées, étaient-elles plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous pareillement !” Jésus leur dit cette parabole : “Un homme avait un figuier planté dans sa vigne ; il vint pour y chercher du fruit et il n’en trouva pas. il dit alors à celui qui soignait la vigne : Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le donc, il ne fait qu’épuiser la terre ! Mais l’autre répondit : Maître, laisse-le encore cette année, je piocherai tout autour et je mettrai du fumier. Peut-être après cela donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.”
(Bible des Peuples)
Voilà une parole de Jésus qui peut heurter nos mentalités d’aujourd’hui. On vient lui rapporter deux faits divers : le massacre d'un groupe de pèlerins galiléens par Pilate, et l'effondrement de la tour de Siloé, dans laquelle dix-huit personnes ont été tuées. Et les deux fois, Jésus dit : "Croyez-vous que ces gens étaient plus pécheurs, plus coupables que les autres? Eh bien non, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même." En aucun cas, Jésus ne regarde un malheur ou une catastrophe comme une punition de Dieu. Malgré cette affirmation de Jésus, cette façon de voir Dieu comme celui qui punit, est pourtant, encore bien vivante aujourd’hui. Cela devrait nous révolter. Mais ne sommes-nous pas à la même enseigne en disant, quand un malheur nous atteint personnellement ou dans un proche : « Qu’est-ce que j'ai fait au Bon Dieu ? » « Je n'ai pas mérité cela ! » ou encore : « C’est un brave Homme qui n’a rien fait de mal ». Il nous arrive aussi de dire le contraire : « Il l’a cherché et il est puni. » Dans les deux affirmations, nous avons la même attitude. Et quand le malheur tombe sur des innocents, sur des enfants, le scandale est alors total. Dieu serait-il ce Dieu vengeur, punisseur, dictateur qui se jouerait de nos malheurs et de nos peines ? Oui, si Dieu était ainsi, nous aurions raison de nous révolter et de lui refuser notre confiance.
Le temps du Carême est un temps pour nous mettre à jour dans nos relations avec le monde, avec les autres et avec Dieu. Quand Jésus répond : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même », il nous renvoie à nos responsabilités et non à des justifications. Souvenez-vous des paroles de la Genèse quand Dieu confie la terre aux hommes pour qu’ils continuent son œuvre. Il leur dit : « Dominez la terre et maîtrisez la. » Reconnaissons que bien des difficultés et des malheurs relèvent de la responsabilité humaine. On pourrait multiplier les horreurs de notre temps, telle la Syrie, les pays d’Afrique, les otages et plus près de nous la misère morale et matérielle. Tout Homme et en premier ceux qui se disent chrétiens, doit avoir le sens de la fraternité. Le premier objectif, la mission que Dieu confie à chaque personne, c’est de participer à la construction de la grande famille qu’est l’Humanité. Les multiples échappatoires qui nous habitent, répondent à des instincts. Ce sont des réflexes qui ne sont pas réfléchis mais qui semblent aller de soi. Même si on se dit humain, il manque l’essentiel : la pensée, la réflexion, l’échange et l’engagement qui sont l’Âme de l’humanité. Trop souvent, on ressemble au journal ou à la télé qui énumèrent de multiples infos dont on ne sait pas quoi faire. Il n’y a pas de fil conducteur qui nous relie à toutes les personnes concernées. Il n’y a pas d’analyses ni d’engagements. Il manque le meilleur de l’Homme, à savoir sa Fraternité. C’est là que l’évangile est Bonne Nouvelle. Jésus nous invite à mettre en œuvre le meilleur de nous-mêmes et à nous libérer de nos premières réactions épidermiques. L’évangile nous invite à ne pas nous laisser enfermer dans nos façons de penser, de juger, de condamner. C’est une démarche de conversion permanente qui se joue dans la conscience d’un chacun.
Actuellement, l’Eglise Catholique est ciblée par divers groupes de pression. Les uns souhaitent une Eglise plus moderne, d’autres plus traditionnelle, d’autres œuvrent à sa disparition en jetant le discrédit, voire le mépris. Il y a certes de vraies raisons pour que l’Eglise soit au service de son époque. Par ailleurs, il faut reconnaître et soutenir ses nombreuses initiatives. Ainsi en France, c’est au CCFD-Terre Solidaire qu’elle a confié la mission de conduire le temps du carême. C’est une organisation de 29 mouvements et services d’Eglise. Ce sont des mains qui agissent au nom de l’Eglise et des chrétiens pour faire respecter la planète et faire grandir la Fraternité en partenariat avec Dieu qui nous aime. Dans notre diocèse, à Metz le 9 mars, avec l’Alsace et toute la Lorraine, se déroulera le Forum de la Solidarité Internationale. Toute la population est invitée à des débats avec des partenaires du Togo, du Bénin et du Liban.
A l’image du jardinier de l’évangile, Jésus invite chacun à la patience, à la confiance et à s’engager au service de la Fraternité Humaine. Notre marche vers Jérusalem, à la suite du Christ, n’est pas un défilé de victoires. C’est une marche lucide qui ne recule pas devant les difficultés. Au contraire, en s’appuyant sur la Parole de Jésus et sa présence au milieu de nous ce matin, nous pouvons nous engager, avec nos frères, dans des transformations qui ouvrent sur l’avenir.