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33° Dimanche du Temps Ordinaire « C » 14 11 10
Première Lecture : Malachie 3 19–20
Deuxième Lecture : 2Thessaloniciens 3 7–12
Évangile de Jésus Christ selon St Luc 21 5–19
« Comme certains faisaient l’éloge du Temple avec ses belles pierres et les ex-voto qui en faisaient l’ornement, Jésus leur dit : “Vous voyez tout cela ? Le jour viendra où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit.” On lui posa alors cette question : “Maître, quand cela arrivera-t-il ? À quel signe reconnaîtra-t-on que cela va se réaliser ?”
Il répondit : “Ne vous laissez pas égarer lorsque plusieurs revendiqueront mon titre et diront : ‘C’est moi, l’heure est arrivée !’ Ne les suivez pas ! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne cédez pas à la panique : cela doit arriver d’abord, mais la fin ne sera pas de si tôt.” Il leur dit encore : “On verra des soulèvements : peuple contre peuple et nation contre nation. Il y aura de grands tremblements de terre et, par endroits, des pestes et des famines. On verra des choses effrayantes et de grands signes venant du ciel. Mais avant tout cela, ils mettront la main sur vous, ils vous persécuteront, ils vous enverront aux conseils de synagogues et à leurs prisons. Ils vous traîneront devant les rois et les gouverneurs à cause de mon nom, et ce sera pour vous l’occasion de témoigner. Mettez-vous bien dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier d’avance de votre défense ; je vous donnerai, moi, une parole et une sagesse auxquelles tous vos adversaires ne pourront ni résister, ni répondre. Vous serez livrés par vos propres parents, vos frères, vos proches et vos amis, et on fera mourir plusieurs d’entre vous : rien qu’à cause de mon nom vous serez haïs de tous. Mais pas un cheveu de votre tête ne se perdra : tenez bon, et vous sauverez vos âmes. » (Bible des Peuples)
L'Évangile d’aujourd’hui nous parle de destructions, de guerres, de soulèvements, de tempêtes, d'épidémies, de famines. De tous les temps, il y a eu des catastrophes. La fin du monde est-elle proche? Il y a des guerres qui n’en finissent plus en Afghanistan et en Irak, les tensions et le mépris entre Israéliens et Palestiniens, le choléra qui resurgi au cœur de la misère la plus grande en Haïti, les prises d’otages au Niger, la famine au Darfour, au Soudan, et tant de gens désespérés. Cela ne peut que nous inquiéter. La fin du monde n’est peut-être pas plus proche qu’au temps de Jésus, mais cela ne nous laisse pas à indifférent devant les malheurs qui frappent l’humanité.
Qu'il était beau, le Temple de Jérusalem, au début des années 30 de notre ère! C'était l'une des sept merveilles du monde de l'antiquité. Si les gouvernants de l’époque l’avaient voulu majestueux, ce n’était pas pour la gloire de Dieu ni pour en faire un lieu de la rencontre – Dieu avec son peuple – mais c’était pour leur propre gloire et pour leurs intérêts. Jésus dira de ce Temple qu’il était devenu “une caverne de voleurs”. Il y a donc des choses et des institutions de notre monde qui sont appelées à disparaître et – c’est bien qu’il en soit ainsi – car elles sont sous leurs dehors clinquants, néfastes voire mortifères. N’allons pas pleurer sur elles.
Aussi, on peut imaginer la stupeur des amis de Jésus qui viennent de lui faire remarquer combien c'est beau et qui l'entendent annoncer qu'il n'en restera pas pierre sur pierre, et que tout sera détruit. La prophétie se réalisera quarante ans plus tard, lors de la prise de Jérusalem par Titus. Il ne reste aujourd'hui que le " mur des lamentations", où chaque jour vient se recueillir et prier la foule de Juifs pieux. Le 11 septembre 2001 à New York, des gens ont eu l‘impression que c’était la fin du monde. Et si on vous disait que Paris ou Rome allaient disparaître, votre réaction naturelle serait de dire que c'est la fin du monde. C'est ce que pensaient les disciples de Jésus en entendant cette prophétie. Jésus va les mettre en garde en leur disant que, même s'il s'agit de la fin d'un monde, il ne s'agit pas de la fin du monde. Par conséquent, ils doivent adopter une autre perspective et continuer à vivre leur vie quotidienne avec lucidité, courage et persévérance. Lucidité, d'abord : " Ne vous laissez pas égarer " par ceux qui vous diront que le Messie est ici ou là, ou que la fin du monde est pour telle ou telle date. Soyez lucides, nous redit Jésus. D'abord parce que " nul ne sait ni le jour ni l'heure ". De telles erreurs de perspective, on en rencontre tout au long de l'histoire des nations et de l'Eglise. St Paul, qui lui-même avait cru à un retour imminent du Christ, a vite changé d'attitude. Dans sa deuxième lettre aux chrétiens de Thessalonique, il critique vertement ceux qui, dans l'attente de ce retour imminent, ne travaillent plus, " affairés à ne rien faire ", dit-il. Soyons lucides, et ne nous laissons pas séduire par n'importe quelle nouvelle doctrine qu'on vient nous prêcher. Je suis toujours sidéré devant le manque d'esprit critique et de recul de tant de braves gens qui croient sans broncher le discours du premier venu. Jésus aujourd'hui nous demande de garder la tête froide et l'esprit lucide.
Lucidité et courage. Pourquoi ? Parce que, nous dit Jésus, les épreuves ne manquent pas. Ni sur le plan de notre existence personnelle, ni sur le plan de l'histoire de l'humanité. C'est en effet à toutes les époques que l'humanité a supporté guerres, révolutions, attentats, tremblements de terre, épidémies de toutes sortes. Et c'est à toutes les époques que des chrétiens ont eu à subir les moqueries, la prison, la torture, les incompréhensions, même dans leur propre famille, et la mort pour rester fidèles à leur foi. C'est encore vrai de nos jours. Alors, courage, nous redit Jésus : ne vous laissez pas abattre par l'adversité. Courage et persévérance. Ne soyez pas de ces gens qui, un certain temps, sont " tout feu et flamme " et qui, un jour, tournent casaque et abandonnent. A l'épreuve de la durée, leur générosité s'étiole et leur fidélité s'effondre. Jésus le sait bien, qui nous redit aujourd'hui que " c'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. "
Nous avons une grande admiration pour tous ces hommes, ces femmes, ces jeunes au cœur persévérant, qui ont compris que seul l’amour vécu, partagé traversera l‘histoire qui, elle, ne pourra pas le détruire. Ainsi, dimanche dernier, suite à deux jours de retraite du mouvement ACO (Action Catholique Ouvrière) des hommes, des femmes, des jeunes ont célébré à Metz les 60 ans de son existence. Ces engagés rappellent que tout geste d’amour concret pour le prochain est témoignage rendu au Christ et en même temps un souffle nouveau pour un monde plus humain.
Notre monde actuel a plus besoin de porteurs d’espérance que de prophètes de malheurs. Car l’espérance est un dynamisme qui est animé par la recherche d’un possible toujours meilleur à faire avec Dieu et avec les autres.