Homélies, photos, voyages, évènements, commentaires
2e dimanche du Temps Ordinaire 17 Janvier 2010
1ère lecture : Isaïe 62,1-5
2ème lecture : 1ère aux Corinthiens 12,4-11
Evangile de Jésus Christ selon St Jean 2,1-11
Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples. Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d'eau les cuves. » Et ils les remplirent jusqu'au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Le maître du repas goûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas d'où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau. Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. » Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Un sage me disait un jour : « François, n’oublie jamais que notre religion est une religion festive ! » Oui, la fête est au cœur de notre foi ! Commencer le temps ordinaire de l’Eglise avec le récit des noces de Cana me convient. C’est au cours d’une fête juive que Jésus commence sa vie public.
Je trouve rafraîchissant de voir Jésus aux noces avec sa mère et ses compagnons; à une vraie noce juive qui dure plusieurs jours puisqu'on écoule toute la réserve de vin. Jésus fait la fête, il danse, il chante, il s'amuse. En somme, Jésus manifeste par là qu’il est bien incarné dans ce peuple, qu’il a besoin de faire la fête, comme demain il sera auprès du monde de la souffrance. Son cousin Jean-Baptiste n'est pas là; il jeûne dans le désert et prêche le baptême de conversion avec beaucoup de sérieux. Bien des chrétiens ne voient pas Jésus là; ils aiment se le représenter en prière dans la montagne... ou confrontant les docteurs de la loi au temple ... ou faisant la morale aux pharisiens dans une synagogue de Galilée, comme si faire la fête est quelque chose de malsain !
Ce n'est probablement pas la seule noce à laquelle a participé Jésus. On le voit fréquemment à la table des publicains. Il mange chez Zachée, chez Matthieu, chez Marie, Marthe et Lazare. Et voilà que les ultras religieux le traitent de « cloutons, d’ivrogne. » Malgré cela, Jésus parcourt la Galilée au milieu d'une fête continuelle. Il ne se lasse pas de présenter partout l’image d’un Dieu qui aime l’Homme, d’un Dieu qui veut le bonheur de chaque homme, d’un Dieu miséricordieux. Ceux qui se disent ses disciples l'ont souvent oublié au cours des siècles. Les anciens parmi nous se souviennent des prédications qui nous présentaient un Dieu austère et mesquin, à l’affût de tout faux pas. Un Dieu à faire peur. Comme si le rôle de Dieu était de renforcer l’autorité établie.
La religion de Jésus n'est pas une religion triste et contraignante. On sait comment Jésus s'est opposé aux pharisiens, à leurs lois tatillonnes et embarrassantes. Il leur a reproché de mettre sur les épaules des pauvres gens des fardeaux qu’eux-mêmes ne touchent pas. La religion de Jésus est exigeante certes, elle a les exigences de l'amour; mais, justement à cause de cela, elle ouvre à la joie et à la fête parce qu’elle nous rend libre de cœur et d’esprit. Une mauvaise compréhension du christianisme nous a présenté comme suspect le plaisir et vertueux la recherche de la souffrance, alors qu’elle n’est que la conséquence de notre condition de mortel. C'est aberrant. Ce qui est mal, c'est la recherche du plaisir au détriment de l'autre, sans vouloir le partager avec l'autre, sans vouloir servir l'autre. « Il y a plus de plaisir à donner qu'à recevoir » a dit Jésus.
« Un saint triste est un triste saint » affirme l'adage. Il ne peut pas être plus juste. Jésus est venu combattre la tristesse. « Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » a-t-il dit. Si notre religion ne contribue pas à nous rendre heureux, libre et responsable, alors elle ne joue pas son vraie rôle, laissons-la. Si nous ne montrons pas que nous sommes heureux, que nous sommes bien dans notre foi, nous n'aurons aucune influence, nous ne manifesterons pas le visage de Jésus. Le visage de Jésus est souriant, accueillant, compréhensif.
Le miracle de Cana a une signification symbolique. Six cuves d'eau servant aux ablutions juives transformée en vin, ça fait beaucoup de vin, environ 800 bouteilles; beaucoup plus qu'il ne faut pour terminer une noce. Il y a un lien entre la fête de Cana et le Christ sur la Croix ... l'heure de Jésus. Aux deux événements Marie est présente et se fait appeler « femme » par Jésus : « Femme, que me veux-tu? » ...
« Femme, voilà ton Fils. » Dans nos mentalités, le fait d’être mère donne un privilège sur tous les autres. Or, l’évangile nous rappelle que ce privilège est partagé par tous ceux qui participent à la noce. La grandeur de Marie est liée à sa condition humaine, d’où le mot « Femme » qui à nos yeux peut paraître péjoratif. Alors que Jésus met en valeur les qualités humaines de Marie qui s’exercent dans les contraintes humaines. Il y a un lien entre les noces de Cana et le repas de la dernière Cène. À la dernière Cène, Jésus continue son miracle, il transforme le vin en son sang. « Prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang versé pour vous. » Le vrai vin nouveau versé en abondance pour la vie et la joie du monde. Par là Jésus nous indique quelque chose de fort, à savoir la promesse des noces de la vie éternelle.
Pour accéder à ces noces, nous sommes invités à faire de notre vie une fête. L’expression est ambiguë. Trop souvent elle exprime la satisfaction des besoins individuels, alors que Jésus invite à la mise en commun, au partage, à la recherche commune d’un esprit nouveau, de respect, de douceur comme nous y invite l’évangile.
Tout l'enseignement de Jésus est une invitation à passer des cuves pour les ablutions juives à sa coupe, à passer de la vieille religion ritualiste des Juifs à la religion du cœur. De passer des contraintes de la vie à la joie du royaume. Avec Jésus, il y a une nouvelle manière de voir, de penser, une nouvelle manière de vivre. Il y a un nouveau vin : il s'appelle Jésus.
C'est à ce nouveau vin que nous venons boire dimanche après dimanche pour avoir l'esprit de Jésus et vivre ...et faire vivre la fête. « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et l'aient en abondance. »