Homélies, photos, voyages, évènements, commentaires
15e dimanche du Tps Ord. B – 15 07 12
Première Lecture : Amos 7 12–15
Deuxième Lecture : Éphésiens 1 3–14
Évangile de Jésus Christ selon St Marc 6 7–13
Il appela à lui les Douze et commença à les envoyer deux par deux ; il leur donna autorité sur les esprits impurs. Il leur recommanda de ne rien prendre d’autre qu’un bâton pour la route ; ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture. “Seulement des sandales aux pieds, leur dit-il, et n’emportez pas deux tuniques.” Il leur dit encore : “Quand une maison vous sera ouverte, restez-y jusqu’au moment de votre départ. Si l’on ne vous reçoit pas, si l’on ne vous écoute pas, vous secouerez la poussière qui est sous vos pieds avant de partir, ce sera un avertissement.” C’est ainsi qu’ils partirent pour appeler à la conversion. Ils chassaient bien des démons et guérissaient de nombreux malades avec une onction d’huile.
Amos, celui qu’on appellera « prophète », a ses racines dans son peuple. C’est est un paysan sans histoire. Il garde les vaches, il entretient les figuiers et il cultive son potager. Chaque semaine, il va vendre ses fruits et légumes au marché de Samarie. Là, il rencontre des collègues qui pratiquent leur religion avec beaucoup de minutie, sans rater la moindre rubrique liturgique. Mais Amos est très perplexe de voir certains d’entre eux fausser les balances et faire payer aux pauvres, les déchets du froment comme si c’était du bon. Avant de voir ces trafics, jamais Amos n’aurait imaginé qu’un vrai croyant puisse en arriver là, avec une telle hypocrisie.
Ce décalage entre le discours des croyants et leur action scandalise Amos, qui est foncièrement droit et honnête. Des nuits entières, il n’en dort pas. Obsédé par le souci de vivre dans la vérité, passionné du désir de voir la terre tourner plus juste, alors qu’il se voit entouré de mensonge et d’oppression, c’est plus fort que lui : un jour, en pleine heure de pointe au marché, il explose : « Avec vos marchandises avariées et vos mesures trafiquées, vous exploitez les pauvres ! Vos belles célébrations ne sont que du tape-à-l’œil ! »
Quand le grand prêtre Amazias de Béthel le fait arrêter pour l’envoyer ailleurs, Amos répond : « Le seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : « Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. » Amos n’avait rien demandé, il était bien tranquille dans ses occupations, mais c’est le Seigneur qui lui demande de crier son indignation. Ce sont de nombreuses injustices qui font bouillir la marmite intérieure d’Amos, au point qu’elle déborde : « Vous, vous ne songez qu’à vous enrichir, vous êtes vautrés sur vos divans et vous faites des gueuletons tous les jours, et vous oubliez le peuple ! »
Même les magistrats ne sont pas épargnés: « Au nom de la loi, vous arrangez vos sentences à la mesure des pots-de-vin que les riches vous glissent sous la table au détriment des petits ! » Tout ce qu’Amos dénonçait bien avant Jésus, c’est étonnant comme c’est toujours d’actualité !
Pour Amos, c’est très clair : sa vocation, il n’y est pour rien. C’est Dieu qui lui a fait sentir que l’injustice est inacceptable, et il le proclame, haut et fort, au risque de se faire mal voir et rejeter. D’autant plus qu’à l’époque d’Amos on justifiait que les inégalités sociales étaient voulues par Dieu.
Comme Amos, Jésus sera confronté aux mêmes difficultés, aux mêmes injustices, aux mêmes façons de faire. Quand il appelle les douze, il les envoie deux par deux. Il leur dit : « En route ! » Mais la route, ça ne va pas dans le sens des choix de tout le monde ! Là où l’argent est prioritaire, Jésus dit de ne rien emporter. Si la nourriture devient source d’inquiétude, il dit : « Pas de provision ! » À ceux qui s’appuient sur leurs diplômes et leur compte en banque, il demande de déposer leur sac. Car pour lui, le vrai choix c’est la route : croire, c’est marcher sa vie ; ce qui compte, ce n’est pas d’être arrivé, mais de se mettre en route. Tous les marcheurs savent bien qu’il faut mettre le minimum dans le sac pour ne pas être encombré. Pour ce faire, il faut avoir le courage de prendre de la distance, du recul pour voir ce qui est essentiel dans notre vie, dans nos engagements pour ne pas se laisser avoir par les faux semblants et les discours trompeurs.
Célébrer l’Eucharistie chaque dimanche, c’est prendre précisément du recul, se laisser interpeller par la Parole de Dieu et le cri des hommes. A l’image d’Amos, les forces que Dieu à mises en chacun devraient se réveiller devant les multiples confrontations et sollicitations de l’existence. A savoir, soutenir les efforts entrepris aujourd’hui pour la paix et pour donner à chacun les moyens de vivre. Certes, chacun de nous se sent petit devant tout ce qui mérite d’être changé. Et pourtant, Dieu comme nos frères ont besoin de notre révolte, de notre soutien, de notre engagement. C’est à cette conversion là que Dieu nous appelle aujourd’hui.