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32e Dimanche du Tps Ord « B » 08 11 15
Première Lecture : 1Rois 17 10–16
Deuxième Lecture : Hébreux 9 24–28
Évangile de Jésus Christ selon St Marc 12 38–44
"Dans son enseignement il leur disait : “N’imitez pas les maîtres de la Loi qui se plaisent à circuler en longues robes, ou qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers fauteuils dans les synagogues et les premières places dans les festins. Ils s’introduisent avec leurs longues prières, et ensuite ils dévorent les maisons des veuves. Leur condamnation sera terrible.” Jésus s’était assis devant le trésor du Temple et observait comment la foule jetait des monnaies dans le tronc. Il y avait des riches qui en jetaient beaucoup ; puis vient une veuve pauvre qui jette deux petites pièces d’un demi-quart. Alors Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : “En vérité, je vous le dis : cette veuve toute pauvre a jeté plus que tous les autres dans le tronc du Trésor. Car tous ceux-là ont donné de ce qui ne leur manquait pas ; mais elle, dans sa pauvreté, a mis tout ce qu’elle avait pour vivre.” Bible des Peuples
Ce matin, l’Eglise nous propose de méditer sur deux rencontres. Elles sont à la fois très proches, et en même temps éloignées dans l’Histoire. Elles doivent nous aider à sauvegarder le même esprit dans le monde d’aujourd’hui. C’est là, qu’on peut découvrir un visage caché de la Bonne Nouvelle !
L’épisode de la veuve de Sarepta est une merveilleuse histoire d’accueil. Elie, le prophète, le lutteur de Dieu, est recherché par la police du roi Achab. Il frappe à la porte d’une veuve à bout de ressources. La sécheresse règne dans le pays, on ne trouve plus à boire ni à manger. Imaginez un envoyé de la Croix Rouge au Sahel ou au Soudan, qui demande à manger à une personne démunie : ce serait la même situation.
On se trouve ici devant une exigence biblique fondamentale. La Bible juge les croyants à leur capacité d’accueil de l’étranger. Accueillir l’autre, c’est enrichissant parce que l’étranger m’introduit dans un univers qui n’est pas le mien. Mais c’est dérangeant aussi parce qu’il bouscule mes habitudes, mon confort, mes préjugés. Concrètement dans notre région, avec l’accueil des réfugiés à Vigy et à Arry, il y a eu des tensions entre ceux qui sont pour l’accueil et ceux qui refusent de les aider. Et puis, quel risque ! Je ne sais jamais si l’étranger va accepter la main que je lui tends ou s’il ne va pas tout à coup se rebeller !
En 1989, il y a eu la chute du mur de Berlin. Cette démarche a soulevé une immense espérance. Et depuis, que de barrières et de murs ont sapé cette espérance. L’Europe vit aussi cette contraction : après avoir réuni des pays qui ont supprimé des frontières, la tentation d’en construire de nouvelles est grande. Mais il reste toujours un mur invisible entre les pays riches et les pays pauvres. Ce mur se renouvelle, s’alimente par la peur et le repli sur ses biens.
Jésus, par l’Evangile de ce jour, nous met en présence de ceux qui ont de grands biens et de ceux qui n’ont rien. D’une part, des gens imbus de leur supériorité : les scribes, les pharisiens, emprisonnés dans leur savoir, et leur sécurité, dont la richesse risque aussi d’être une prison. D’autre part, une pauvre veuve, à qui personne n’aurait fait attention, si le regard de Jésus n’avait mis son geste en valeur, à savoir , le don de deux petites pièces essentielles pour elle, c’est l’équivalent de nos pièces rouges. Devant les troncs du Temple, un homme de service proclamait, haut et fort, le montant de l’offrande du donateur. C’était une façon de stimuler la surenchère qui fait appel à plus d’argent et oublie le devoir de solidarité. La pauvre veuve, elle, passe inaperçue ; avec ses deux piécettes non bruyantes, elle nous fait penser à la veuve de Sarepta avec ses deux morceaux de bois.
Jésus est là. Il regarde cette foule de gens si différents ; il regarde surtout ce qui se passe dans leur cœur, et il fait la différence entre le tape à l’œil et le vrai, entre l’être et le paraître. Que voit-il donc ? D’un côté, ceux qui construisent et entretiennent un Temple de pierres à coups de grosses sommes d’argent, et il en faut ! Comme Il faut de l’argent pour creuser des puits au Sahel, pour nourrir tous les réfugiés, pour soigner toutes les maladies….. De l’autre, les petits et les humbles qui, apparemment n’ont pas grand ’choses, mais sont capables de respect, de compréhension, de miséricorde et de tendresse. Parce qu’ils ont fait l’expérience de la misère, ils sont plus sensibles à la détresse des autres et certains sont prêts à partager le peu qu’ils ont !
Jésus regarde, il dit ce qu’il voit ; il dit que donner de son superflu c’est très bien, mais que se donner soi-même, cela n’a pas de prix ! Jésus nous révèle que l’important est dans le cœur de celui qui donne, en se donnant lui-même.
N’est-ce pas une invitation qu’il nous adresse là, aussi discrètement que le geste des deux femmes rencontrées aujourd’hui, l’une à Sarepta, l’autre à Jérusalem ? Si je veux découvrir le sens profond des événements qui se déroulent sous mes yeux, dans la rue ou sur l’écran télé - autrement dit : si je veux voir l’au-delà des choses - alors il me faut déposer la télécommande et faire arrêt sur image. Il faut s’arrêter, décider de ne pas se laisser dévorer, disperser, déchiqueter par les instantanés qui se succèdent à toute allure sur l’écran. Vous connaissez bien le rythme effréné par lequel se succèdent les annonces publicitaires. Elles ont pour but de nous empêcher de réfléchir et de nous faire tomber dans le panneau du besoin immédiat.
Voir l’au-delà des choses : c’est la préoccupation de Jésus qui contemple la longue chaîne des mille petits gestes qui transforment le monde. Gestes discrets ou anonymes, humbles mais féconds, courageux et tenaces, toujours recommencés, sans cesse répétés. Dieu voit cette chaîne d’amour qui fait tourner la terre dans le bon sens. Cette terre qu’il aime, cette « maison commune » comme dit le Pape François, où sa famille peut vivre et grandir. Et Dieu voit que tout cela est bon. Il en est émerveillé!