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TOUSSAINT – 2015
1ère lecture : Apocalypse 7, 2-14
2ème lecture : 1ère lettre de St Jean 3,1-3
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5, 1- 12
Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde ! Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu ! Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux!» (Bible des Peuples)
Jésus commence sa mission en Galilée. Le premier mot que l’évangéliste Matthieu met dans la bouche de Jésus, c’est : " Heureux " ! Et neuf fois de suite, par ce mot « Heureux » il annonce que non seulement le bonheur est possible, mais qu'il est là, aujourd'hui, à la portée de chacun de ses auditeurs. Mais il est aussi, aujourd’hui, à notre portée. Les béatitudes sont le fondement du message original de Jésus. Toutes ses interventions sur le bonheur s’enracinent dans notre vie quotidienne.
Ce projet de Jésus bouscule les façons de faire de son époque, mais aussi celles d’aujourd’hui. On utilise facilement l’évangile pour se rassurer, alors que la Bonne Nouvelle est annoncée pour libérer les consciences et, ainsi, participer au bonheur de tous. Concrètement, la semaine passée, à l’occasion du synode sur la famille à Rome, on a vu des notables se braquer sur la doctrine en refusant de voir la réalité complexe. Or le bonheur, dont parle Jésus, est à vivre dans le concret de notre existence. Alors que Jésus a proposé de travailler au bonheur de tous, on a fait de notre religion quelque chose de triste, d'ennuyeux, voir un repoussoir où les jeunes générations ont du mal à trouver leur place. C’est la principale motivation du Pape François quand il a imposé cette année de travail sur la famille. Il souhaite une religion basée essentiellement sur l’entraide, la fraternité, la miséricorde, ce sont là des attitudes humaines indispensables pour donner un goût divin à la vie. Ce que Dieu vient nous annoncer en Jésus Christ, c'est le bonheur donné à l'Homme et sa libération. Redécouvrons la richesse du verbe AIMER. Quand on aime, on ne peut pas faire seulement ce qui nous plaît ou ce qui nous arrange. Aimer a des exigences. Aimer, c’est être heureux ensemble du même amour, et cela se construit jour après jour. Tous les textes de cette fête de la Toussaint rayonnent de joie. Apprenons donc à accueillir cette joie, à en vivre et à la faire nôtre.
En cette fête de la Toussaint, nous fêtons tous les amoureux de la vie. De tous ceux et celles qui se sont laissés saisir par la Parole de Dieu et qui l’ont mise en pratique dans leur vie. Les Saints, les amis de Dieu? Ce sont aussi ceux qui ont marqué notre existence, qui nous ont laissé le témoignage d’une vie tournée vers l’amour, malgré leurs faiblesses, leurs fragilités et leurs hésitations. Il n’y a rien à idéaliser dans leur histoire. Nos aînés ont emprunté un chemin pleins d’embûches mais aussi d’espérance et de joie. Les saints et les saintes, sont nos frères et sœurs en humanité ; ce sont des personnes qui ont fait progresser l'humanité vers plus de vie et qui nus ont aidé à aimer cette vie. Les saints, ce sont les gens qui ont manifesté par leur façon de vivre que l’amour est au cœur de l’existence. Pour les chrétiens, cet amour, c'est Dieu lui-même. Ils sont heureux ceux qui se lèvent, ceux qui se mettent en route, ceux qui marchent pour travailler au bonheur proposé. Même si c’est difficile, ils ont déjà la joie du bonheur à venir.
Pour notre temps, certaines béatitudes méritent un soin particulier. En voyant toutes les violences, et toutes les bagarres organisées de façon systématique pour se défouler sans se soucier des conséquences sur les blessés, les voitures brûlées, les magasins saccagés, la nature polluée par des feux provoqués. Alors on peut mieux comprendre aujourd’hui l’appel de Jésus, disant : « Heureux les doux », ceux qui mettent un peu de liant et de douceur sur les blessures.
Quand tant de personnes se trouvent impuissantes et réduites à rien, parce que le plus fort s’arrange avec les lois, parce que leur emploi disparaît suite au trafic de ceux qui jouent avec la vie des autres. Alors on accueille de façon originale l’appel de Jésus, disant : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice », ceux qui n’hésitent pas à prendre des risques pour être vrais et droits, dans la défense des plus faibles. Je pense à tous les bénévoles dans les associations : UNICEF, CCFD-Terre Solidaire, Restos du Cœur, Amnesty International et tant d’autres si souvent dénigrées par les méfaits de quelques profiteurs.
Pour donner de l’actualité à cette belle fête de Tous les Saints, puissions-nous mettre en valeur l’actualité qui nous touche, en lien avec les Béatitudes, pour soutenir les élans de ceux qui sont fatigués, de redonner le sourire à ceux qui pleurent, de ne pas abandonner ceux qui se croient seuls, redonner à l’Amour sa grandeur dans l’existence humaine.
En cette Eucharistie, Dieu se révèle à nous : faible, pauvre, sous les apparences d'un peu de pain. Mais Dieu se révèle aussi : nourriture, force pour continuer la route. Recevons cette révélation de Dieu dans la pauvreté des signes qu'il nous donne: le pain eucharistique et la vie de nos frères les saints. Apprenons que le témoignage que nous avons à rendre est aussi constitué de gestes pauvres, les gestes quotidiens de l'amour, de l'amitié, de la solidarité.