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4e dimanche de Pâques 26 04 15
1ère lecture : Actes des Apôtres 4,8-12
2ème lecture : 1ère de St Jean 3,1-2
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 11-18
Je suis le bon pasteur, le vrai berger. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire, lui, n'est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas: s'il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s'enfuit ; le loup s'en empare et les disperse. Ce berger n'est qu'un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Le Père m'aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. Personne n'a pu me l'enlever : je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j'ai reçu de mon Père. » (Bible des Peuples)
Pour accrocher son auditoire, Jésus part toujours de la vie concrète. Il veut que chacun puisse comprendre et accueillir ce qu’il dit. Aujourd’hui, ce passage d’évangile met en valeur la différence entre un bon berger et un mercenaire. Je voudrais relever quelques éléments qui doivent nous interpeller. Quand nous entendons : " Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis " nous comprenons spontanément " il veut mourir ". Or, le Bon Pasteur a donné toutes ses forces et son énergie à la mission que le Père lui a confiée. Avant de mourir sur la Croix, il a partagé la vie de ses compatriotes : partageant leurs joies et leurs peines. Il n’a pas ménagé sa vie, dans la journée : à l’écoute des uns et des autres, guérissant les malades, enseignant au temple, au bord du lac de Galilée, accueilli par une foule nombreuse en attente de Vérité, de Justice, de Dignité. Mais aussi rejeté par les magouilleurs et les trafiquants de la vérité. Le soir venu et tôt le matin, les apôtres le trouvaient en prière, à l’écart. Là, on peut parler d’une vie entièrement donnée aux autres. L'appel de l'Évangile résonne comme un appel plénier à donner sa vie. Jésus souhaite que ceux qui le suivent, aujourd’hui comme hier, se donnent entièrement à leur mission. Par le mariage, les époux se donnent entièrement l’un à l’autre. Une religieuse, un religieux, un prêtre et tout baptisé sont invités à rassembler leurs énergies, leurs créativités, leur imagination, leur bonne volonté pour les mettre au service du Bon Berger, de celui qui aime son peuple.
Sur ce point, nous ressentons la crise qui traverse notre génération. En effet, les engagements n’ont plus le même contenu qu’au siècle dernier: peu de mariages et peu d'entrées dans les séminaires et maisons religieuses. Peut-on pour autant parler d’échecs à l’égard du mariage, du sacerdoce et de la vie religieuse ? De fait, les formes traditionnelles de l’engagement dans tous les domaines de la vie courante sont remises en cause. Ce qui ne veut pas dire que les objectifs à atteindre ont perdu de leur intérêt. L’évangile nous invite à revenir aux racines de ces engagements. Les formes sont toujours en évolution, mais le cœur garde toute sa valeur. Ainsi, la famille se trouve touchée dans ses formes traditionnelles, et malgré toutes les évolutions, elle reste le berceau de la vie ensemble. Dans la vie sociale, c’est la même chose pour les associations et pour les organisations. Leur vraie raison d’être est de permettre la cohésion et le vivre ensemble. Lorsqu’elles se vident de leur contenu, la durée et le renouvellement sont remis en cause. En effet, c’est avec raison que chacun veut réussir sa vie et toute sa vie. C’est une attitude saine. Quand on s’engage, ça n’est pas pour la forme, mais pour prendre sa place dans le tissu social. C’est toute la différence avec certains mercenaires qui ne se posent aucune autre question que de dominer et de s’enrichir sur la misère. L’actualité déborde de ces abus de toutes sortes : tel, les naufrages organisés par de cyniques passeurs, la mise en scène des coupeurs de tête assassins d’au moins 28 hommes présentés comme des Ethiopiens chrétiens….et tous ceux qui organisent le chômage et rendent le travail de plus en plus difficile à d’autres.
Suivre Jésus, c’est choisir son camp. C’est donner le meilleur de soi-même comme Lui a donné sa vie. Le don de sa vie exige trois attitudes mises en difficulté aujourd’hui. A savoir : durer, mieux connaître son ou ses partenaires et accorder sa confiance.
Durer, fait peur parce que les réalités sociales et économiques qui nous entourent sont souvent instables et précaires. Se marier pour cinquante ou soixante ans peut faire peur parce que ce qui compte le plus aujourd'hui : le travail, la stabilité professionnelle, la santé sont très fragilisés. Penser sa vie avec un aspect stable quand les autres sont instables, ça ne va pas de soi. Inscrire la durée dans une vie précaire est perçu comme irréalisable. Mais c'est justement là que le Bon Pasteur veut donner un repère essentiel. Dans le sacrement du mariage ou celui de l'ordre, Jésus révèle son Père comme celui qui est fidèle à son amour. Il rend fiable ce qui est friable. Ainsi, l'engagement humain est appelé à se développer et non pas à disparaître. Il inscrit la force dans de la faiblesse, le divin dans l'humain, la grâce dans nos faiblesses. En d'autres termes, il nous donne sa vie, il nous communique une flamme qui donne goût à la vie. " Il donne sa vie " pour la durée de la nôtre. C'est précisément le sens des sacrements.
Connaître le ou les partenaires. Vivre en famille, dans son quartier, à son travail permet de mieux connaître ce qui anime les personnes. Internet permet des relations souvent fictives et souvent des mirages. Or, on ne peut pas suivre quelqu'un qu'on ne connaît pas, de la même manière qu'on ne peut pas épouser quelqu'un qu'on ne connaît pas assez. Si aujourd'hui, peu de jeunes répondent à un appel au mariage, au sacerdoce, à la vie religieuse et à l’engagement dans la vie sociale, cela vient aussi de ce vide-là. La connaissance que les personnes ont de Jésus-Christ s’est appauvrie. On ne voit plus en quoi Dieu peut nous intéresser ! Nous sommes amnésiques d'une bonne partie de notre culture et de notre histoire chrétiennes.
La crise de confiance est encore plus facilement identifiable. Crise de confiance en soi qui remplit les cabinets de psychothérapeutes. Crise de confiance en l'autre qui est trop souvent présenté comme un rival ou un ennemi à combattre. Crise de confiance en Dieu à qui on enlève toute consistance spirituelle. Devant ce vide, l'Évangile nous redit aujourd'hui : " Je connais mes brebis ". Le Bon Pasteur sait qui nous sommes, il nous connaît et malgré cela, il nous fait confiance parce qu'il nous aime. Il dit à chacun : " Vas-y, engage-toi, n'aie pas peur, je suis avec toi " ou pour reprendre les termes du psaume d'aujourd'hui : " Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ". Par la confiance qu'il nous fait, le Bon Pasteur guérit nos manques de confiance dans le concret de notre quotidien. Laïc ou prêtre, il nous faut entrer dans cette démarche d’amour du Bon Pasteur.