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Sainte Famille « C » 30 12 12
Première Lecture : 1Samuel 1 20–22, 24–28
Deuxième Lecture : 1Jean 3 1–2, 21–24
Évangile de Jésus Christ selon St Luc 2 41–52
Tous les ans les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque, et quand il eut douze ans, comme c’était de règle, il monta avec eux. Lorsque les jours de fête furent achevés, ils s’en retournèrent, mais l’enfant Jésus resta à Jérusalem sans en avertir ses parents. Eux pensaient qu’il était dans la caravane, et ils marchèrent ainsi tout le jour. Puis ils le cherchèrent parmi leurs amis et leurs connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, toujours à sa recherche.
Le troisième jour ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des maîtres de la Loi : il les écoutait et les interrogeait. Tous ceux qui l’entendaient étaient étonnés de son intelligence et de ses réponses. En le voyant, ses parents furent très émus et sa mère lui dit : “Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi nous te cherchions, très inquiets.” Alors il répondit : “Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être chez mon Père ?”
Mais ils ne comprirent pas une telle réponse. Il descendit alors avec eux et revint à Nazareth. Par la suite il continua à leur obéir ; sa mère, pour sa part, gardait tout cela dans son cœur. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en âge et en grâce, aussi bien devant Dieu que devant les hommes. (Bible des Peuples)
Dans ce passage d’évangile, Jésus prend une place particulière dans le Temple de Jérusalem. L’évangéliste le situe au milieu des maîtres de la loi. Cela nous renvoie à la tradition juive de la « bar-mitzwah ». C’est une cérémonie religieuse qui se situe dans la 13ème année de l’adolescent. C’est un rite de passage entre la vie de l’enfance et l’entrée dans la vie d’adulte. Le mot « enfant » veut dire « sans paroles ». C'est-à-dire, les paroles qu’il prononce ne sont pas de lui, il ne fait que répéter ce qu’il entend et qu’on lui demande d’apprendre. Par contre, on exige d’un adulte une parole qui soit en cohérence avec ses engagements. Alors, la parole n’est plus une imitation, une répétition, mais l’expression de ce qu’il pense, de ce qu’il croit et de ce qu’il fait.
Au cours de cette cérémonie, le jeune lit publiquement un passage de la bible et dit comment il l’interprète et en quoi ça le concerne.
Jésus a pris à son compte cette étape rituelle. Il rappelle à ses parents qu’il existe : il doit devenir de plus en plus indépendant d’eux pour vivre sa propre vie. Il leur rappelle – avec force, à leur grand étonnement – qu’il doit établir des relations nouvelles avec eux et aussi avec le Père du Ciel.
À la lumière du vécu de la " sainte famille " nous pouvons, aujourd’hui, revoir le rôle et le fonctionnement de nos propres familles. Chaque adolescent et adolescente est confronté à cette profonde transformation. Et ce bouleversement concerne également tous ceux qui les entourent. Comme dans le récit de cet évangile, les parents, la tribu sur le chemin du retour, les maîtres de la loi au Temple et tous les auditeurs sont interpellés. Les adolescents d’aujourd’hui ont les mêmes besoins : d’être entourés, appréciés, encouragés, stimulés. Ils ont aussi les mêmes exigences : d’être écoutés, compris, d’acquérir une certaine indépendance et respectés dans leur choix. Mais tout cela ne va pas sans tensions. Les adolescents sont au cœur du renouvellement de la société. Si on leur donne la place qu’ils méritent, tout le monde s’en trouvera bien. Eduquer veut dire : permettre que la richesse intérieure puisse sortir de soi, s’exprimer, se partager, s’expliquer et se confronter. L’éducation se fait par la parole et par l’exemple, par le courage aussi qui ouvre au respect, à la tendresse, à l’accueil du pauvre, au combat de la justice pour tous. Il en va de même pour l’éducation religieuse qui veut mettre en valeur la " présence " cachée de Dieu au cœur de l’homme et du monde. C’est un apprentissage aussi nécessaire que celui de la lecture à l’école. Sans cet apprentissage on débouche sur l’illettrisme et le vide religieux. C’est le fléau de notre époque : on ne voit plus l’intérêt de Dieu dans nos vies, mais on fait appel à tous les gourous. On passe facilement de la foi à la crédulité. Sans l’éducation familiale, l’enfant aura du mal à construire une foi qui repose sur des bases solides, vérifiées, confrontées. L’adolescent a besoin de cet apprentissage pour découvrir sa place et son rôle dans son environnement et dans la société. Si Jésus a su parler à tout le monde du Royaume de Dieu, il le devait en partie à son éducation. Toutes les paraboles ont des racines dans l’expérience humaine de Jésus. - En regardant sa mère, Jésus a vu comment on raccommodait les vêtements et on stockait le vin nouveau dans des outres neuves. Il a vu qu’un peu de levain faisait lever toute la pâte. Dans les familles pauvres, perdre une pièce de monnaie était un drame. On la cherche et une fois trouvée, on fait la fête. - En regardant son père, il avait appris à juger de la solidité d’un sol pour y construire une maison et, à plus forte raison, une tour. Dans sa famille on pratiquait sans doute porte et tables ouvertes, car Jésus aimera les repas amicaux et ouverts à tous. Il avait découvert aussi qu’il y a des amis casse-pieds qui vous réveillent au milieu de la nuit et que l’on sert, pour s’en débarrasser… amicalement ! Depuis tout petit, il avait été trimbalé aux fêtes religieuses et aux pèlerinages. Marcher ne lui fera pas peur, pas plus que dormir à la belle étoile ou dans la première maison accueillante. En fêtant la naissance de Jésus à Noël, l’Eglise veut signifier que Dieu est bien présent au cœur de notre vie. Il est l’un des nôtres. Il fait partie de notre communauté humaine. Il est soumis aux mêmes règles. Le 25 on a fêté sa naissance, aujourd’hui on fête une nouvelle naissance par son adolescence. Comme Jésus, par l’adolescence, chacun naît à sa propre liberté, Dieu en est un partenaire et le garant.