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Fête du Christ-Roi « A » 20 Novembre 2011
Première Lecture : Ézékiel 34 11–12, 15–17
Deuxième Lecture : 1Corinthiens 15 20–26, 28
Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 25 31–46
“Lorsque le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire accompagné de tous les anges, il s’assiéra sur le trône de Gloire, le sien. Toutes les nations seront amenées devant lui ; il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les chèvres. À sa droite il rangera les brebis, et à sa gauche les chèvres. Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui est préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli, sans vêtement, et vous m’avez habillé. J’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus vers moi.” Alors les justes lui demanderont : “Quand donc, Seigneur, t’avons-nous vu affamé pour ainsi te nourrir ? Quand t’avons-nous vu assoiffé et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli, quand étais-tu sans vêtements et t’avons-nous vêtu, quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous venus à toi ?” Et le roi leur répondra : “En vérité je vous le dis, tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Puis il dira à ceux qui sont à sa gauche : “Retirez-vous loin de moi, maudits ! Allez au feu éternel qui a été préparé pour le démon et pour ses anges.Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli, sans vêtement, et vous ne m’avez pas habillé ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” Tous alors protesteront : “Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé ou assoiffé, quand t’avons-nous vu étranger, sans vêtement, malade et en prison, sans te porter secours ?” Et lui leur répondra : “En vérité, je vous le dis, si vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.” Alors ceux-ci iront au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle.”
En cette fête du Christ, Roi de l’univers, il nous est bon de réentendre le message, certainement le plus important de tous les Evangiles, où le Christ s‘identifie à chacun de nous. En quelque sort, il remet les pendules à l’heure, pour que ses disciples d’hier et d’aujourd’hui, ne se noient pas dans les détails. En d’autres termes : qu’ils ne se laissent pas détourner par les apparences, car l’essentiel est à la portée de chacun. Tout chrétien, devrait en être habité pour en faire le noyau central de sa vie.
Les auditeurs sont ahuris et étonnés de ce que Jésus leur révèle. Ces gens tellement habitués à être malmenés, exploités, méprisés, déchirés n’arrivent pas à comprendre ce qui leur arrive. Voilà que les exclus sont au cœur de la vie de Dieu. C’est la naissance d’un monde nouveau. Quel chamboulement !
Mais qu’y a-t-il de si important dans ce passage de l’Evangile que nous venons d’entendre? Nous avons tous appris dans notre enfance que Dieu est le Tout-puissant, le maître du monde. Et encore aujourd’hui, trop souvent on l’utilise et on nous le présente comme le justicier, celui qui est plein de menaces à l’égard des pécheurs.
La première chose qui me frappe dans cette révélation du Royaume, il n’y aura qu'un seul critère de choix, de séparation entre les hommes au dernier jour : l'amour des "petits". Toutes nos divisions humaines, toutes ces barrières, ces murs que nous avons dressés entre nous seront d'un seul coup aboli. Il n'y aura plus de distinction entre hommes et femmes, entre catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, ni même entre croyants et incroyants. Il n'y aura plus de distinctions entre hommes de droite ou hommes de gauche, entre riches et pauvres, entre noirs et blancs. Tout cela sera aboli. Nous ne serons pas jugés sur notre pratique religieuse, ni sur la qualité de notre foi, ni sur l'intensité de notre prière. Nous ne serons appréciés que sur l'amour. Et même pas sur l'amour de Dieu : uniquement sur l'amour de nos frères en difficultés. Voilà bien une bonne nouvelle, qui concerne l'humanité entière. L'humanité ne peut être sauvée, libérée que par l'Amour. Vous le voyez : c'est un message qui dépasse largement le cadre d'une religion : c'est un message proprement universel.
C'est pourquoi, dans ce tableau que Jésus nous peint de l'humanité au dernier jour, il nous appelle à faire preuve d'initiative concrète. Il donne des exemples. Ces exemples sont ceux qu'il a choisis pour ses interlocuteurs d'il y a vingt siècles. Ils ne sont qu'une partie des exemples possibles. On pourrait continuer indéfiniment la liste, selon les situations diverses que connaissent les hommes de notre temps.
"J'ai eu faim", nous dit-il. Certes, il n'y a pas que des faims matérielles, mais il y a déjà celles-là. Quand on pense que cinquante millions d'enfants meurent tous les ans par manque de nourriture. Que tant d’hommes vivent toute leur vie avec la faim au ventre ! Et non seulement dans le Tiers-Monde. Pensez, tout près de nous, à l'affluence de plus en plus grande des gens qui se pressent l'hiver aux "Restos du cœur"- à La soupe populaire - au Secours Catholique et j‘en passe. C'est un problème grave.
Mais il n'y a pas que les faims de nourriture. Il y a d'autres faims. La faim d'être aimé, d'être reconnu, d‘être respecté. Le désir d'être considéré par les autres comme un homme et comme un frère. La faim de justice, la faim de paix, la faim de travail, pour tant de demandeurs d'emplois. La nécessité d’un toit, d’un chez-soi, d’être compris et apprécié. Ce sont les faims de nos contemporains. Allons-nous fermer nos yeux et nos oreilles ? « J'ai eu faim. Quand t’avons-nous donné à manger ? Chaque fois que vous l‘avez fait à l‘un à l‘un de ces petits, c‘est à moi-même que vous l‘avez fait. »
C’est dans ces gestes simples et quotidiens que nous avons à faire vivre tout notre amour et notre attention aux autres. Je crois que c'est cela l'essentiel, qu'il faut nous redire sans cesse, surtout dans les moments de découragement : apprenons à aimer, tout près de nous, à commencer par la famille, sur nos lieux de travail, quartier, école, milieu hospitalier, dans nos organisations et associations. Il n'y a rien d'insignifiant dans notre vie.
En fêtant le Christ-Roi de l’univers, nous rappelons le témoignage d’Amour que Jésus a donné. En livrant sa vie, Il nous invite à dépasser toutes nos résistances, nos réticences pour entrer avec Lui dans le Royaume de Dieu : qui est Royaume d’Amour.
"Au soir de cette vie, nous dit Saint Jean de la Croix, tu seras examiné sur ce que tu as fait de ta capacité d’aimer. »