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EPIPHANIE - "A" 2 Janvier 2011
Première Lecture : Isaïe 60, 1–6
Deuxième Lecture : St Paul aux Éphésiens 3, 2–3, 5–6
Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 2, 1–12
Jésus était né à Bethléem de Juda, au temps du roi Hérode ; alors, des pays de l’Orient, des mages arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : “Où se trouve le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus pour lui rendre hommage.” Quand le roi Hérode l’apprit, il en eut un choc, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et ceux qui enseignaient la religion au peuple, car il voulait leur faire préciser où devait naître le Christ. Ils lui firent cette réponse : “C’est à Bethléem de Juda. Car il est écrit dans le livre du prophète : Toi, Bethléem en Juda, tu n’es pas le dernier des chefs-lieux de Juda, car c’est de toi que sortira le chef, le pasteur de mon peuple Israël.”
Alors Hérode convoqua les mages en secret et leur fit préciser le moment où l’étoile leur était apparue. Il les mit sur le chemin de Bethléem et leur dit : “Allez là-bas et tâchez de bien vous informer sur cet enfant. Si vous le trouvez, vous me le direz, et moi aussi j’irai lui rendre hommage.” Après cette entrevue avec le roi ils se mirent en route, et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient les conduisait. Finalement elle s’arrêta au dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Revoir l’étoile fut pour eux une grande joie ; ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère et ils se prosternèrent pour l’adorer. Ils ouvrirent alors leurs coffres et lui firent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Ils reçurent alors un avertissement au moyen d’un rêve : ils ne devaient pas revoir Hérode. Ils repartirent donc vers leur pays par un autre chemin. (Bible des Peuples)
En cette fête de l'Epiphanie, l’Eglise nous propose de prendre le relais des « Mages et des Sages » de tous les temps qui cherchent un chemin d’Avenir pour l’humanité. Il s’agit bien sûr de l’humanité d’un chacun dans sa personne, mais aussi de tous les peuples dans leurs diversités. Ces mages, personnages légendaires, la tradition populaire leur a donné des noms : MELCHIOR - GASPAR et BALTHAZAR, mais aussi, comme représentant de tous les peuples connus. Leur simplicité et leur bienveillance contrastent avec l'attitude hypocrite du roi Hérode qui veut tout dominer et qui a peur que quelque chose échappe à son pouvoir. - L'étoile qui les met en route, les cadeaux offerts à Jésus, leur retour précipité, tout dans ce récit sensationnel, avait de quoi alimenter notre imaginaire d'enfant et nous faire rêver.
La route des mages, vers Bethléem, représente le chemin de tous ceux qui cherchent à donner sens à leur vie. Et ils sont nombreux de toutes races, religions, cultures à vouloir un monde de fraternité basé sur le respect et la justice. Ceux qui rencontrent et reconnaissent en cet enfant Jésus la source de l’Amour qui vient de Dieu, en sont radicalement transformés. Ils sont capables de sortir des routines et des chemins battus. C’est pourquoi, Hérode ne saura plus les retrouver. Comme le dit St Matthieu : « Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin! » Entre le départ et le retour, il y a eu cette merveilleuse rencontre avec l'enfant de la crèche. Ils étaient partis pour saluer un puissant, et c'est un bébé vagissant qu’ils découvrent. Celui qui rencontre cet enfant est transformé; un nouveau chemin s'ouvre pour lui. Jésus, cet enfant qui vient de naître, l'homme qu'il va devenir, est "lumière" pour tous les peuples, parce qu'il est notre Dieu. La fête de l'Epiphanie nous montre que Jésus est né pas seulement pour ses compatriotes, ses voisins comme les bergers, mais pour tous les peuples, jusqu’aux confins de la terre. Cette vision est inscrite dans la mémoire chrétienne comme un ferment pour construire l'avenir. A l’image de la semence qui est dans la terre, un germe nouveau, des possibilités nouvelles peuvent émerger de cette terre.
Avec l'année 2011 qui vient de commencer, c'est bien l'avenir qui s'ouvre à nous. Un avenir à construire, à inventer. Un avenir pour nos familles et nos communautés, pour l'Eglise et le respect de toutes les Eglises, pour l'Europe et pour le monde.
Nous avons échangé des vœux de paix, de bonheur, de santé...Il ne suffit pas de souhaiter la paix, il faut la promouvoir. Cette paix, si fragile que le Christ apporte aux nations, il nous faut l’accueillir et la cultiver avec soin et passion. « Heureux les artisans de paix ! » dira le Christ au Mont des Béatitudes. En ce jour d’Epiphanie, cet appel à bâtir la paix est adressé à tous les hommes épris de Paix, de Justice et d’Amour.
Aujourd’hui, en ce début d’année 2011, au-delà des bouchons de champagne, des guirlandes et des pétards, la morosité reste bien présente : la montée de la violence, les injures de toutes sortes, les familles fragilisées, toutes formes de précarités. Mais aussi dans le monde: le cortège des guerres, des famines, des maladies ou des difficultés sociales, la persécution des chrétiens dans différents pays du Moyen Orient et ailleurs sont comme des cris de désespoir. La fête de l’Epiphanie nous invite à porter un regard d’homme et de croyant sur notre vie, et la vie du monde. Elle nous invite à faire révision de vie, à chercher les causes profondes du mal. Je suis persuadé que les écarts de richesse, qui se sont aggravés avec la mondialisation, ont constitué un environnement favorable au terrorisme international qui nous fait si peur et nous donne le sentiment de l’impuissance. Or dans le fil de la Nativité et de l’Epiphanie, un vieux résistant de 93 ans, Stéphane Hessel, n’hésitent pas à engager toutes ses dernières forces pour interpeller chacun « Indignez-vous ». Il termine son feuillet par cet appel « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. » Ce que Dieu nous apporte en ce début d'année et en ce jour d'Epiphanie, c'est de garder l'espérance et de nous mettre en route.
Avec les mages, prenons la route de l’indignation qui mène à la vie. N'ayons pas peur de nous laisser bousculer sur cette route par l’appel pressant de faire la paix autour de nous, d’être accueillant, d’être bon et juste…. car c'est vers Dieu et vers tous les hommes que cette route nous conduit.