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7° Dimanche du Temps Ordinaire « A » 20 O2 11
Première Lecture : Lévitique 19 1–2, 17–18
Deuxième Lecture : 1Corinthiens 3 16–23
Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 5 38–48
“Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Si on te frappe sur la joue droite, présente encore l’autre joue. Et si quelqu’un veut te réclamer ta tunique, donne-lui aussi ton manteau. Si quelqu’un t’impose une corvée, un kilomètre à faire, fais-en deux avec lui. Donne à celui qui te demande et ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu ne feras pas de cadeau à ton ennemi. Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. C’est ainsi que vous serez les fils de votre Père des Cieux, lui qui fait briller le soleil sur les méchants comme sur les bons, et qui fait pleuvoir pour les gens honnêtes comme pour les malhonnêtes. D’ailleurs, quand vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Même les publicains le font. Et si vous saluez seulement ceux qui sont de votre bord, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes le font. Donc vous, vous serez parfaits comme votre Père du Ciel est parfait.”
Je vous avoue que ce que passage de l’Evangile m’a longtemps perturbé. J’avais de la peine à comprendre, comme beaucoup de chrétiens que si l’on te donne une gifle sur la joue droite, il faille tendre encore l’autre joue! Et le comble de tout « aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. » Autrement dit : « Soyez de bonnes poires, on pourra profiter de vous. » Vous avouerez, que cette traduction est inacceptable. On n’est pas sur terre pour favoriser l’exploitation de ceux qui se laissent faire. Et que Dieu soit à l’initiative d’une telle démarche, c’est le bouquet , ce n’est pas possible! Il nous faut donc chercher à savoir ce que Jésus a voulu dire dans ce passage d’évangile. Lui-même n’a jamais voulu prendre les gens pour des bonnes poires. Au contraire, tout l’enseignement et la vie de Jésus jusqu’au jeudi saint témoignent qu’il est venu pour servir et non pour être servi. Après son arrestation, lorsqu’il est giflé par un soldat, il ne tend pas l’autre joue, mais demande : « Pourquoi m’as-tu giflé ?» Tellement enfermé dans l’immédiat, nous restons soumis à nos instincts premiers de survie et d’autodéfense : rendre coup pour coup, se défendre bec et ongle en oubliant qu’il n’y a de vie et d’espérance possible que dans l’accueil, le partage et le pardon. C’est vrai que la réalité est plus complexe, plus écrasante et plus usante que cette belle parole de Jésus. Et là je pense en particulier à ceux qui ont connu les camps nazis, aux innocents du procès d’Outreau, à de nombreux délégués qui voulaient faire respecter les droits liés à leur condition et qui se sont retrouvés exclus de toute vie sociale y compris de leur propre famille. Beaucoup d’entre eux ont été écrasés, anéantis et désespérés. Mais ceux qui ont réussi à dépasser ces épreuves, témoignent du trésor qui habite le cœur de chacun. Devant ces injustices, comme devant les chapes de plomb imposées par des dictatures à des peuples soumis à la plus grande misère, on a envie de hurler et de demander justice à toutes les instances et à tous les responsables de nos sociétés. Dans cette histoire humaine, pleine d’obscurité, des hommes, des femmes et des jeunes se sont levés et ont osés apporter des perspectives qui ont rassemblé du monde et ont permis des dépassements et de nouvelles façons de vivre. Pour mémoire, citons Gandhi, Mandela, l’Abbé Pierre, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, aujourd’hui un « sage » Stéphane Hessel et tant d’autres qui ont le courage de sortir des sentiers battus et payer cher pour que naisse et grandisse une fraternité mondiale.
Jésus, dès son adolescence, à l’âge de 12ans, a bien ciblé qui il voulait servir. L’essentiel de sa mission était de révéler la présence aimante d’un Dieu proche et miséricordieux de tous les hommes. Ce message remettait en cause tous les pouvoirs et dominations. Personne ne peut plus se servir de Dieu pour ses affaires ou pour ce qui l’arrange. C’est pourquoi, les puissants, même en utilisant la foule, ont tout fait pour l’éliminer. Et en réponse, quelle fut la parole de Jésus sur la croix : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Serait-il un naïf ? Non ! Jésus sait que le pardon n’est jamais facile, car il suppose : réflexion, foi et force. D’abord la réflexion : la loi Juive demandait à ne rendre pas plus de mal que celui reçu, car le mal ne peut donner que plus de mal. Et Jésus nous dit que si le bien remplace le mal, c’est le don de Dieu. Ensuite la foi, la confiance : croire en Dieu, croire en son pardon, c’est le suivre dans cette démarche. Enfin la force, qui est grâce de Dieu et qui nous entraîne bien au delà de ce qu’on a pu espérer.
Ainsi, ceux qui entrent dans cette démarche sont portés vers des nouvelles possibilités. Notre région a vécu pendant des siècles sous des invasions, des guerres fratricides, connaissant la peur, la famine et les épidémies qui ont décimé la population à plusieurs reprises. Aujourd’hui, grâce à la construction de l’Europe sous l’inspiration de Monnet, Schumann et Adenauer une nouvelle fraternité entre les peuples est devenue possible. Pourtant il reste beaucoup à faire, tellement on est loin d’une Europe sociale qui devrait donner la priorité aux plus fragiles.
Dans ce combat de tous les jours et de toute la vie, Jésus nous rappelle que ce n’est pas une gifle ou un manteau en moins qui doit nous arrêter. L’Evangile et l’Eucharistie de ce jour, nourriture que Dieu nous donne, doivent nous aider à entrer toujours plus dans le travail et la joie du Royaume qui grandit avec le pardon.