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6° Dimmanche du Tps Ord "B" 12 02 12

 

6° Dimanche du Tps Ord « B » – 12 02 12

Première Lecture : Lévitique 13 1–2, 44–46

Deuxième Lecture : 1Corinthiens 10 31—11 1

Évangile  de Jésus Christ selon St Marc 1 40–45

 

Un lépreux s’approche de lui avec des supplications et des génuflexions ; il lui dit : “Si tu veux, tu peux me purifier.” Jésus est pris de compassion ; il étend la main et le touche en lui disant : “Je le veux, sois purifié !”Aussitôt la lèpre le quitte, il est pur. Mais Jésus le sermonne et le met dehors en lui disant : “Surtout, n’en parle à personne ; va simplement te montrer au prêtre et présente l’offrande pour ta purification, comme Moïse l’a ordonné : tu feras ainsi ta déclaration.” L’homme n’était pas plus tôt sorti qu’il se mit à le crier partout et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus se montrer dans une ville ; il restait à l’écart dans des lieux déserts. Même ainsi on venait à lui de toutes parts.

 

Il y a déjà 25 ans, la Commission sociale de l’Episcopat français, publiait : « Il est triste de constater que toute société humaine semble avoir eu ses exclus, ses parias, ses intouchables. N’avons-nous pas les nôtres aujourd’hui ?…. » A cette question, on doit malheureusement répondre par l’affirmative. L’évangile que nous venons d’entendre nous met en face d’un exclu, d’un intouchable, de quelqu’un qui a été mis au banc de la société parce qu’il était malade, un lépreux. Jésus, ému au plus profond de son être ose briser le terrible tabou : il touche le lépreux ! Oui, Jésus ose regarder le monde en face, malgré tous les interdits. Toucher, càd s’engager, se mettre dedans, ne pas rester à la périphérie, ne pas rester en simple spectateur, c’est toujours prendre des risques.

Ils sont nombreux les lépreux de notre terre et ceux de notre cœur ! Tous ceux qui, à nos yeux, portent une tache suspecte, une étiquette qui en font des exclus, des intouchables. La couleur basanée de la peau, n’est-ce pas une lèpre pour ces temps de crise, de l’emploi et de la violence ? Lèpre de race, mais aussi des chiffres froids qui tombent comme un couperet. « Tant d’élèves de moins, tant de classes supprimées. » On ne peut pas mettre des enfants en équation et en chiffre. Il n’y a pas que le nombre qui compte. Que fait-on de la qualité de l’enseignement auprès des enfants et jeunes survoltés et de plus en plus provocateurs ?

Au cours du récent pèlerinage en Terre Sainte, nos pèlerins ont été offusqués par l’exclusion que provoque le « mur » qui fait de Bethléem et d’autres villes, de vraies prisons. Nous-mêmes, en nous rendant au puits de Jacob en Samarie, nous avons été refoulés sans explications et sans motivations. Pour nous, ce n’était qu’un passage de pèlerins, pour les gens du pays, c’est une source de révolte et de misère. Sans avoir la lèpre, ils sont des parias, car ils n’ont plus le droit de quitter leur territoire, et par l’interdiction qui nous a été faite, nous n’avons pas pu les rencontrer.

Au nom de la technique, de l’économie, en se cachant derrière le principe de précaution, on ne fait qu’aggraver la méfiance et la distance avec tous ceux qui n’arrivent pas à suivre le rythme d’une forme de « réussite ». Alors il ne faut pas s’étonner si les laissés pour compte ne voient pas d’autres issues que d’utiliser la violence pour récupérer leur place dans la société. Même, si avec raison, on sait que la violence n’apportera rien de mieux, c’est révoltant et inadmissible de ne pas laisser entrevoir de nouvelles possibilités.

Cet Evangile de Marc, un vrai journaliste, qui nous présente la rencontre de Jésus et d'un lépreux, demeure d'une brûlante actualité. Au nom de Dieu, la communauté des hommes avait relégué à l’écart le lépreux : « Sa demeure sera hors du camp. Au nom de Dieu, Jésus le réintégrera. » Réintégrer – remettre dans une vie active, tous ceux qui sont exclus – telle est notre mission de croyant. Allons un peu plus loin:  chacun ne s’est-il pas exclu un peu lui-même de telle ou de telle activité, de telle ou de telle organisation, d’une action qui lui a été proposée en se repliant dangereusement sur sa famille, sur ses habitudes, sur un cercle trop étroit, peut-être un peu mesquin ? Ce ne sont pas seulement les autres qui nous excluent, nous risquons de nous exclure nous-mêmes.

Jésus étendit la main et le toucha. Jésus sauva par un geste, par une action, par quelque chose de palpable, de concret. Pas seulement par une bonne parole qui ne coûte pas chère. Parce que nous sommes des êtres corporels, nous avons besoin de gestes visibles, concrets, physiques. Notre époque, à cause de l’envahissement de l’image et du spectacle, nous transforment à notre tour en spectateur passif et distant. Trop souvent, nous savons beaucoup de choses, mais nous n’intervenons pas. Nous sommes souvent passifs et nous subissons. Nous regardons passer le train de l’histoire et nous ne cherchons pas à y accéder. Entre le discours que nous tenons et ce que nous acceptons de mettre  dans la balance : quel fossé !

L’Eglise d’aujourd’hui ne sera crédible que dans la mesure où elle acceptera de rencontrer le lépreux moderne et de le toucher. Et en terminant, je cite encore une fois les évêques de France qui ont bien raison de dire : « Les hypocrites que nous sommes ont toujours besoin de pouvoir cataloguer quelqu’un comme impur, pour se persuader qu’eux-mêmes ne le sont pas. »  

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