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5° dimanche du Temps de l’Eglise – « C » 7 Février 10
Première Lecture : Isaïe 6 1–8
Deuxième Lecture : 1Corinthiens 15 1–11
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 5, 1-11
Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth : la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s'éloigner un peu du rivage. Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait la foule. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : " Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson. " Simon lui répondit : " Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets. " Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu'elles enfonçaient. À cette vue Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : " Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. " L'effroi, en effet, l'avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient prise ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon. " Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. " Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.
À la place de Jésus, qui auriez vous choisi comme premiers disciples? Certainement des spécialistes de l'Ancien Testament, des grands-prêtres, des gens compétents, des gens diplômés, des notables dévoués? N'est-il pas surprenant que Jésus ait appelé à lui de simples pêcheurs, des gens qui connaissent leur métier, mais prêts aussi à tout quitter pour le suivre ?
Nous sommes en présence de pêcheurs qui connaissent bien leur métier. Ils rentrent bredouillent d’une nuit passée en mer sans rien prendre. Et voilà que le fils du charpentier, qui ne connaît rien au dur métier de pêcheur, leur demande d’avancer au large ! Cette invitation, d’aller au large, devait les agacer. Gentiment, Pierre lui dit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » Et Jésus lui répond : « C’est vrai, je le vois bien… mais navigue en eau profonde, va plus loin, ose le large… » Ils ont osé aller au large parce qu’ils l’ont entendu parler à la foule. Son enseignement invitait à sortir des bornes habituelles et des terrains connus. Ils ont eu confiance en la Parole de Jésus qui les invitera à prendre le même chemin que lui : redonner confiance et espérance à tous ceux qui sont enfermés dans leur découragement.
En cet instant, je pense à tous les déçus, les découragés de la vie. Je pense à tous ceux de ma génération qui ont vécu avec enthousiasme le Concile Vatican II, Mai-Juin 68, tous ceux qui ont investi de leur temps, de leur générosité au sein de leurs associations et organisations, qui ont pris du temps sur leur vie de famille, parfois au prix de leur santé et qui restent coi. Leur enthousiasme est terni par les nombreuses déceptions : fermetures, licenciements, éclatement des familles….Et pourtant, des militants et tant d’autres gardent cette flamme allumée en espérant des jours meilleurs. Et ça et là, il y a des choses nouvelles qui prennent racine et qui naissent. Mais plus rien n’est comme avant : nous avons changé, les mentalités ont changé, mais tout n’a pas changé : les riches deviennent de plus en plus riches et le nombre des pauvres ne cesse de croître…
Aux uns et aux autres, comme à l’apôtre Pierre, le Christ lance cet appel : « Avance au large, va plus loin… » Cet appel concerne toute notre vie : là où les certitudes et les habitudes ont mis des limites à notre action ; là où les échecs et les déceptions ont entraîné un sentiment de lassitude ; là où les conflits et les haines ont apporté une attitude de vengeance ou de repli sur soi.
« Avance au large » autrement dit : « Regarde, ta vie a un autre sens et peut prendre une autre ouverture ». Rien n’est possible si l’on s’enferme sur ses acquis, si chacun espère s’en sortir par lui-même, si chacun préfère garder son petit confort personnel. L’appel du Christ comporte bien sûr une part d’inconnu, d’aventure. L’objectif du Christ n’est pas de nous faire peur, de nous déstabiliser : « Sois sans crainte Simon Pierre, va plus loin, ose le large, jette les filets ! » Vous connaissez la suite ! Quel retournement, « laissant tout, ils le suivirent. »
Jésus sait que nous sommes capables d’aller bien au-delà de ce que nous croyons être nos limites, nos désespérances, nos lassitudes. C’est merveilleux de voir que Dieu ne désespère pas de l’homme. Il aide l’homme à prendre conscience de ses valeurs, de ces capacités et ainsi il l’arrache à la morosité et à la peur du lendemain. Et la vraie réussite réside bien là : croire que c’est toujours possible, qu’un chemin nouveau s’ouvre devant toi! L’homme prend conscience que son bonheur ne peut pas se faire sans le bonheur des autres, car nous sommes des êtres de relation. Je ne cesse de rappeler que notre vraie richesse : c’est la qualité de notre présence aux autres et à la vie du monde !
Sortir de nous-mêmes, sortir de nos petites préoccupations personnelles, sortir de notre monde à nous pour voir le monde avec les yeux de Dieu : c’est cela « l’appel au large ». Le poète, Paul Eluard, rejoint ce souffle d’espérance de l’évangile : « La nuit n’est jamais complète ; il y a toujours puisque je le dis, puisque je l’affirme, au bout du chagrin d’une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée. Il y a toujours un rêve qui veille, désir à combler, faim à satisfaire, un cœur généreux, une main tendue, une main ouverte, des yeux attentifs, la vie à se partager. »