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4° Dimanche Ordinaire « A » – 30 Janvier 11
Première Lecture : Sophonie 2, 3; 3, 12–13
Deuxième Lecture : 1Corinthiens 1, 26–31
Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 5, 1–12
Quand Jésus vit tout ce peuple, il gravit la montagne. Là il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui, il ouvrit la bouche et commença à les enseigner :
“Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les doux, ils auront la terre en héritage.
Heureux ceux qui sont dans le deuil, ils seront réconfortés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, ils auront droit à la miséricorde.
Heureux ceux qui ont le cœur pur, ils verront Dieu.
Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés quand ils agissent en toute droiture, le Royaume des Cieux est à eux.
Oui, heureux serez-vous quand on vous insultera à cause de moi, et qu’on vous poursuivra, et qu’on dira sur vous toute sorte de calomnies.
Soyez heureux, sautez de joie, car vous avez dans les cieux une belle récompense.
On poursuivait tout pareillement les prophètes qui étaient avant vous.” (Bible des Peuples)
En Tunisie, un peuple se dresse pour revendiquer plus de justice et de liberté. La démocratie qui se prépare actuellement trouve ses racines parmi « les pauvres et les martyrs ». Leur détermination, au risque de leur vie, conduit ces malheureux des campagnes à assiéger et à paralyser les sièges du pouvoir.
Leur cri et leur espérance résonnent à travers le monde. Tous les Etats sont interpelés sur leur conduite à l’égard des « petits et de ceux qui ne sont que quantités négligeables ». La remise en cause des richesses en Tunisie s’adresse à tous les possesseurs de richesses du monde. La remise en cause de l’Etat Tunisien est une remise en cause de tous les Etats du monde. Toute autorité est renvoyée à sa pratique et à sa conduite. Il ne s’agit pas des intentions, ni des justifications, mais des faits concrets et de leurs conséquences. Par exemple, dans notre pays, supprimer les allocations familiales pour les absences scolaires met le doigt sur un problème grave de notre société. Mais, par cette mesure, les parents, déjà en difficultés, vont-ils trouver une aide ou une difficulté supplémentaire ?
Pour en revenir au cri des malheureux venus des campagnes tunisiennes, ce cri est reçu et suscite espérance par tous ceux qui sont écrasés, réduits au silence et à la misère.
En tant que croyant, il nous est permis d’entrevoir des signes de Dieu dans ces réalités humaines. Les textes de la liturgie de ce jour parlent de Bonheur, de Justice, de Liberté et de Paix, alors que nous vivons trop souvent le contraire.
Essayons de relire ces Béatitudes avec le regard critique du croyant qui ne peut en aucun cas se désintéresser de ce qui se passe en Tunisie et dans le monde.
Rassurez-vous, Jésus n’a aucune vénération pour la pauvreté, la misère, la souffrance, l’injustice…. A tous ceux qui vivent la pauvreté au quotidien, qui ont faim et soif de justice, de dignité, de miséricorde, Jésus rappelle la grandeur des personnes plongées dans toutes les limites de la vie humaine. A tous ceux-là, il dit : « Bonheur à vous les pauvres de cœur ! ». Il insiste pour rappeler que ce sont eux les guides d’une bonne conduite parce que leur cœur n’est pas encombré. Chez eux, il y a encore de la place pour l’accueil, la gratuité. Bonheur à vous qui avez encore assez de sagesse pour savoir que la vraie grandeur d'un homme n'est ni dans ses titres universitaires ni dans sa fortune ou sa notoriété publique mais dans la qualité de l'amour qu'il aura vécu et partagé. Pour le croyant, il n’y a pas d’autre absolu que Dieu qui est Amour.
Voilà la Bonne Nouvelle du bonheur proclamée par le Christ Jésus. Un bonheur qui concerne tous les hommes et tout l'homme dans ses dimensions sociales, politiques et spirituelles.
Seul, l'homme au cœur humble, purifié, libéré de l'orgueil, du désir de dominer, de s'approprier les êtres et les choses, peut travailler à une authentique libération de l'homme. Oui, dit Jésus, il faut se battre avec toutes nos énergies pour bâtir le bonheur de tous. Nous savons mieux aujourd'hui qu'il ne suffit pas de bâtir une société techniquement avancée pour que l'homme soit pleinement heureux !
Mais ce message des béatitudes n'est-il pas en totale contradiction avec la vie
concrète ? Voilà déjà vingt siècles que Jésus a proclamé le bonheur pour les hommes! Et il y a toujours, malgré tous les progrès économiques, scientifiques et spirituels des pauvres, des affamés et des affligés! Notre monde actuel ne dit-il pas, cyniquement, le contraire des béatitudes: Bonheur aux riches! Bonheur aux puissants ?
Les croyants peuvent reprendre, sans rougir, l’expression de Stéphane Hessel : « Indignez-vous ! » Il faut commencer à réagir devant ce qu’on voit et ce qu’on entend, si on veut que les choses évolues, et que le bonheur annoncé par Jésus se réalise.
Comment oserions-nous dire tranquillement: bonheur à vous les affamés, sans bouger un seul doigt ? Ensemble, au sein de nos engagements professionnels et d'organismes civiques et humanitaires, nous pouvons beaucoup. Il importe de susciter de vastes mouvements d’opinions, nationaux et internationaux. De réveiller la conscience humaine. De faire pression auprès de ceux qui détiennent le pouvoir, car l'urgence de ce problème nécessite des décisions politiques au niveau des États. Et ces Etats ne pourront rien faire sans le soutien de leur opinion publique.
Pour le christianisme, n’y a-t-il pas là une possibilité de diffuser le message des Béatitudes au sein de la mondialisation. Ainsi, nous pourrons contribuer avec toutes les bonnes volontés à l’humanisation du développement.
Vivre, c'est aimer. Et aimer, c'est créer du bonheur !