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HOMELIE - 30e Dimanche "C" – 24 Octobre 10
Première Lecture : Siracide 35 12–19
Deuxième Lecture : 2Timothée 4 6–18
Évangile de Jésus Christ selon St Luc 18 9–14
Jésus dit cette autre parabole pour certains qui se flattaient d’être des “justes” et regardaient avec mépris le reste des hommes : “Deux hommes étaient montés au Temple pour prier, l’un était un Pharisien, et l’autre un publicain.
Le Pharisien se tenait debout, et il priait ainsi en lui-même : Ô Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme le reste des hommes, rapaces, injustes, adultères, ou même comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je paie la dîme de tous mes revenus.
Le publicain, lui, se tenait à distance : il n’osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine et disait : Ô Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !
Je vous le dis : Celui-ci était en grâce de Dieu quand il est descendu chez lui, mais pas l’autre ! Car celui qui s’élève sera humilié, et celui qui s’humilie sera élevé.” (Bible des Peuples)
Une fois de plus Jésus manie avec dextérité des images qui font « tilt ». Il nous fait comprendre que la seule chose qui compte à ses yeux : c’est l’ouverture du cœur de l’homme à la miséricorde et à la confiance, à l’image du créateur. Pour ce faire, Jésus nous livre deux personnages bien typés.
- Le pharisien qui se montre sous son plus beau jour, tout en rondeur, la tête fièrement redressée. Il se présente presque à l’égal du Seigneur.
- Le publicain, loin derrière, honteux, brisé, regardant le sol et se frappant la poitrine, n’ose pas s’avancer.
Pour bien saisir la saveur de ces images, il faut se rappeler que les pharisiens étaient des gens d'une grande rectitude morale. Aujourd’hui le mot "pharisien" est devenu synonyme " d'hypocrite". Or ce n’était pas le cas du pharisien de l’évangile. Dans cette parabole, Jésus décrit même un super-pharisien. Il jeûne deux fois par semaine et donne 10% de ses revenus. Qui d'entre nous peut se comparer à ce pharisien, alors qu’on trouve encore des pièces rouges et jaunes dans le panier de l’offrande ? Quand à sa piété, il vient rendre grâce à Dieu de ne pas être comme les autres. C'est certainement un juste qui a le sens du devoir accompli.
D’autre part, on peut rappeler que les publicains étaient réellement des moins que rien, des gens peu recommandables : collaborateurs de l'occupant romain, voleurs, oppresseurs des petits, sans pitié pour les pauvres gens. Ils n'hésitaient pas à les vendre comme esclaves quand ils ne pouvaient pas payer les impôts. Ils savaient faire rapidement fortune sur le dos des petites gens.
Dans les événements difficiles que traverse la France en ce moment, le nœud des problèmes réside dans le manque de dialogue et de concertation. Les autorités se cachent derrière le mot « justice » « bon droit » « égalité » et « démocratie » pour justifier leurs prises de positions, au lieu de chercher l’intérêt général avec tous les acteurs.
Le réveil des lycéens et des étudiants émeut les organisations syndicales qui leur apportent leur soutien pour éviter des dérapages et construire avec eux une conscience citoyenne. Ces mêmes jeunes scandalisent ceux qui veulent que rien ne bouge. Les jeunes font peur et d’autre part, on se sert des jeunes pour faire peur d’autant plus que certains s’infiltrent pour augmenter le trouble. La solution la plus facile, c’est de se réfugier derrière des justifications qui ne mènent à rien. En réalité, les jeunes sont bien de leur temps et savent bien mesurer les difficultés de leur vie et de leur avenir.
Voilà donc nos deux hommes qui montent au Temple pour prier. Que s'est-il donc passé pour que seul le publicain soit justifié et cité en exemple par Jésus ? Cet homme se rend compte de ses faiblesses, de ses compromissions, de ses tromperies et de ses lâchetés. Il en est conscient et demande à Dieu son aide et son pardon.
Pour en revenir au pharisien, Jésus ne remet pas en question son respect des lois, ses pratiques religieuses, mais son enfermement. Jésus souligne qu’il se croit supérieur aux autres en les méprisant. Il a tort de croire que sa pratique lui donne des droits sur Dieu.
Conforté dans son univers légaliste, fondamentaliste ou intégriste, dirions-nous aujourd’hui, il est aveugle à toute lumière, à toute nouveauté venant d’ailleurs. Il possède la vérité, et cette certitude est grave parce qu’elle empêche tout accueil, toute nouveauté. Et on peut comprendre qu’il lui était difficile d’écouter Jésus qui fréquentait les femmes de mauvaise vie et qui mangeait chez les publicains et les pécheurs.
Lui, Jésus, n’hésite pas à rompre les préceptes sacrés, chaque fois qu’il s’agit de nourrir, guérir, relever, redonner confiance, d’aimer son prochain.
Nous voici une fois de plus invités à faire la vérité.
Le publicain est justifié, parce qu’il se situe dans la vérité de son existence : il ne peut pas mentir à Dieu, il ne va donc pas se mentir à lui-même. Il est réellement un pécheur. Il le reconnaît. Il demande pardon à Dieu, et il est exaucé.
Le pharisien, lui se croit mieux que les autres. Il est tout rempli de lui-même. Il n'a pas besoin de Dieu. C'est tout juste s'il ne demande pas à Dieu de l'admirer.
Faire la vérité en nous pour être réconciliés exige un déplacement de la confiance. Elle doit passer de soi à Dieu pour rassembler d’autres dans la même confiance. Mettre sa confiance en Dieu : voilà une démarche de foi qui anime le publicain.
"Avec toi, Seigneur", c'est ce que pense le publicain et avec lui tous ceux et celles qui sont conscients de leurs faiblesses, qui ne désespèrent pas pour autant, mais s'ouvrent à l'action, à la force de Dieu et se convertissent pour l'accueillir. Alors, tout devient possible.
Que nous soyons du style pharisien ou publicain, l’essentiel c’est de croire que Dieu nous appelle à faire la vérité pour faire grandir la confiance.