Homélies, photos, voyages, évènements, commentaires
Pentecôte « B » 23 05 21
1ère lecture : Actes des Apôtres 2,1-11
2ème lecture : St Paul aux Galates 5,16-25
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15, 26-27; 16, 12-15
« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples: « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement. J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi; voilà pourquoi je vous ai dit: L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Le cinquantième jour après la Pâques Juive, on fêtait la récolte du blé : à cette occasion, on venait offrir une gerbe de la nouvelle récolte, c’était donc la fête de la moisson, de l’abondance, et on remerciait le Ciel d’avoir donné la récolte de l’année dont on offrait les prémices. Ce jour–là on commémorait également l’Alliance du Sinaï : Moïse qui reçoit les 10 commandements de Dieu. Ce qui explique la grande affluence à Jérusalem de beaucoup de pèlerins : « des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel », des pèlerins qui parlaient toutes sortes de langues ; ce qui devait être une tour de Babel, sera le miracle de la langue de l’Esprit : tout le monde entend les apôtres annoncer Jésus Christ et proclamer les merveilles de Dieu chacun dans sa langue maternelle.
Deux mille ans après, le spectacle du monde n’est pas toujours très réjouissant, il semble que le bulldozer du mal écrase et anéantit tout le bien que l’on a mis tant de temps à construire. Bien des valeurs évangéliques sont battues en brèche : douceur, paix, joie, service, patience, humilité, fidélité, solidarité… il y a de quoi désespérer de l’Homme et de l’humanité. Pourtant, le concile Vatican II, dans les années 1962-65, a été perçu, comme une nouvelle Pentecôte. Un peu partout naissaient de nouvelles communautés. Jeunes prêtres, nous étions très investis dans les Mouvements d’Action Catholique des enfants, des jeunes, des adultes de tous les milieux. En Amérique Latine : la théologie de la Libération, courant de pensée théologique chrétienne, visant à rendre dignité et espoir aux pauvres et aux exclus et les libérant d’intolérables conditions de vie ; là je pense en particulier « aux gens sans terre du Brésil »
Face au mal, le 1er réflexe est de se replier sur soi, s’enfermer, un peu comme les apôtres après la mort de leur maître. Or nous savons que l’enfermement va à l’encontre de tout développement, épanouissement de la personne. Jésus prévoyant ce qui allait se passer chez ses apôtres après sa mort, leur promet un défenseur : l’Esprit.
Effectivement lorsque les apôtres reçoivent l’Esprit, la 1ère chose que l’on observe c’est qu’il les fait sortir, fait disparaître, anéantir leurs peurs.
De quelles peurs s’agit-il?
D’abord la peur de soi : Avoir peur de soi, c’est manquer de confiance en soi, se croire nul, incapable, bon à rien, croire que je ne suis pas aimable, que je ne compte pas pour les autres. La conséquence de cette peur de soi, c’est qu’elle empêche toute relation vraie, profonde, enrichissante : je vis dans ma bulle.
Il y a aussi la peur des autres : C’est croire qu’ils ne voient que mes limites, mes lacunes, croire qu’ils me veulent du mal, qu’ils se rient, se moquent de moi.
La conséquence de cette peur des autres c’est que je me protège, toujours prêt à rebondir et sortir ses griffes. Je vis sur la défensive puisqu’il me semble que les autres sont méchants avec moi.
Il y a enfin la peur du monde et des événements. Les médias nous mettent en garde d’une « guerre civile ». Ça ne peut qu’engendrer la peur de ce qui peut nous arriver, croire que ça n’ira jamais mieux. Ce qui a pour conséquence la paralysie. Je n’ose rien, je n’entreprends rien puisque ça ne sert à rien, c’est fichu d’avance. Conséquence : démobilisation, de moins en moins de syndiqués, on ne veut pas prendre des responsabilités dans les associations, même dans l’Eglise, on a de la peine à trouver des animateurs pastoraux. Ce laisser-aller se vérifie jusque dans l’abstention massive des élections. Résultat : c’est ce que nous connaissons actuellement dans tous les domaines.
Or l’Esprit que Jésus promet à ses apôtres, c’est un Esprit non pas de peur mais de liberté. Il me libère de tout, même de la loi, nous dit St. Paul.
Cet Esprit me donne d’abord confiance en moi. Il m’autorise à croire que je suis quelqu’un d’unique, respectable et qu’au-delà de mes limites, je peux être aimé pour moi-même.
Cet Esprit me rend libre par rapport aux autres. Il me donne l’audace d’aller vers eux et d’exprimer ce que je pense, ce que je crois ; Il me permet de croire en eux, sollicitude, amitié, fidélité.
Enfin cet Esprit de Dieu me rend libre devant les événements, devant le monde. Il me fait comprendre que l’histoire n’est pas écrite d’avance, j’ai le pouvoir de la modifier, d’influencer sa trajectoire. Et devant les événements que je ne peux changer, l’Esprit me donne la force, le courage de leur faire face.
Combien de Femmes et d’Hommes tout ordinaires, que rien ne semblait destiner à une vie hors du commun, grâce à l’Esprit qu’ils ont laissé agir en eux, ont réalisé des exploits et marqué le cours du temps. Celui qui reste enfermé dans sa peur, son incertitude, dans ses « à quoi bon » … fait le jeu du mal. C’est ce que Jésus appelait le « péché contre l’Esprit », le péché le plus grave.
Mais se laisser habiter par l’Esprit de Pentecôte, c’est croire que moi, ici, maintenant, quel que soit mon âge, mes capacités…je suis apte à faire du neuf, à créer un monde nouveau, une humanité plus grande et plus belle. Oui, permettez-moi de rêver un instant.
En cette fête de la Pentecôte, chaque chrétien doit se demander en quoi et comment l’Amour de Dieu le fait vivre dans ses multiples services auprès de ses frères !