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« En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
« De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Ces deux mois de confinement nous ont certainement permis d’apprécier à nouveau le repas familial : sans portable, ni tablette, ni télé ! Mais la joie de se retrouver en famille pour le partage du pain et de la parole. Ce n’est pas seulement de partager la nourriture, mais aussi la Parole qui est aussi importante que le pain. Se nourrir ensemble, c’est donner et recevoir une part de présence humaine, c’est livrer et accueillir vie et joie. Rompre le pain avec des amis, et surtout un jour de fête, c’est toujours un acte d’amitié.
De même aujourd’hui où nous célébrons la fête du Corps et du Sang du Christ, fête de l’Eucharistie, le Christ a voulu se donner à nous dans le cadre d’un repas festif et sous le signe de la nourriture quotidienne. Le repas d’adieux auquel il a invité son équipe de choix revêt pour lui une importance toute spéciale : « J’ai désiré ardemment manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. » Luc 22,15.
Jésus décide, ce soir de la Cène - le repas pascal - de donner au partage de la nourriture et de la boisson, une signification nouvelle. Le pain et le vin qu’il offre à ses amis ne sont rien de moins que son corps et son sang, c’est-à-dire tout lui-même dans l’acte d’amour : « Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Jean 15.13
L'eucharistie est en crise dans notre monde occidental. Combien de fois n'avons‑nous pas entendu des personnes se présentant à nous: « M. le curé, nous n'allons pas souvent à la messe, nous n’y allons qu’aux grandes fêtes. Nous sommes cependant croyants, et nous voulons traduire l'amour de façon concrète, en nous mettant au service des autres ». D'autres : « M. l’Abbé, nous n'allons pas à la messe, nous préférons nous recueillir dans une église, en dehors des offices »
Chez les plus jeunes, nous entendons un propos légèrement différent : « Je ne vais pas à la messe car je m'y ennuie, ça ne m’apporte rien ! ». Nous n'avons sans doute pas pris à coeur cet ennui qui se développe au sein des assemblées et qui traverse plus particulièrement les jeunes. Il faut reconnaître que nos célébrations sont trop typées, figées, classiques, pas d’expressions libres. Beaucoup d'enfants du catéchisme ne fréquentent pas l'eucharistie dominicale, faute d’être soutenus par leurs parents ; après la première communion, nombreux sont ceux qui arrêtent de venir à la messe! Comment expliquer aux enfants et aux jeunes qu'ils ne sont pas obligés d'aller à la messe, mais qu’ils sont invités par le Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi » ?
Derrière ces remarques se trouvent à la fois une conception désincarnée de Dieu, une incapacité de reconnaître le Christ qui nous invite à nous unir à lui, une difficulté aussi à faire corps avec les autres membres de l'assemblée. Pour beaucoup de personnes encore, la religion reste une affaire privée : elles ne se reconnaissent pas dans la notion de Corps du Christ telle que l'apôtre Paul la définit « parce qu'il n'y a qu'un seul pain nous ne sommes qu'un seul corps » Dans une société individualiste, de tels propos ne sont pas accueillis. Ces jours-ci, les évêques de la conférence épiscopale de France ont soulevé précisément la question : « Comment annoncer Jésus-Christ aux hommes de ce temps ? »
Cette crise de l'eucharistie n'est pas nouvelle : nous venons d'entendre le discours du pain de vie, où Jésus s'est présenté comme le pain descendu du ciel : ses paroles ont suscité de violentes réactions de la part de ses interlocuteurs quand il disait : « Je suis le pain vivant descendu du ciel, qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ». Beaucoup de disciples l'abandonnèrent, ce discours était trop fort.
Pourtant un noyau de fidèles s'est engagé à la suite de Jésus. Ceux‑ci avaient compris qu'il avait les paroles de la vie éternelle et qu'à travers ce pain nouveau, le Christ les invitait à le suivre dans sa mort et sa résurrection. « A qui irions-nous, tu as les Paroles de la Vie Eternelle » disait l’apôtre Pierre à Jésus.
L’Eucharistie nous rappelle que Jésus s’est fait le serviteur et que ses disciples ne sont pas des maîtres. Elle nous rappelle qu’au cœur de notre humanité désunie et déchirée, il nous faut devenir des ferments : des ferments de vraie liberté, d’espérance et de fraternité ouverte à tous.
Puissions-nous tous et chacun faire fructifier, et non « garder prisonnier », ce que l’eucharistie nous donne de vivre ensemble.
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Les évêques de France ont choisi de poser un geste symbolique de prière, en se rendant ce lundi 8 juin en soirée à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre pour un temps de prière à l’intention des personnes défuntes et de leurs familles, mais aussi à l’intention du pays.
Seigneur Jésus-Christ,
Sur cette colline de Montmartre où les martyrs ont versé leur sang pour confesser ton Nom, en cette basilique consacrée à ton Sacré Coeur et édifiée avec la participation de fidèles de tous les diocèses de France, devant cet autel où s’élève jour et nuit la prière en présence du sacrement de ton Corps eucharistique, nous, évêques de France présents ou unis à distance à cette célébration, nous venons te remettre ceux qui sont morts et ceux qui restent dans le chagrin. Nous venons aussi te rendre grâce et te confier notre pays.
Sois béni d’avoir été à nos côtés alors que nous traversions l’épreuve de la pandémie, comme tu nous as protégés en bien d’autres circonstances de notre histoire. Sois béni pour la prière que ton Esprit a maintenue vivante alors que ceux qui croient en toi ne pouvaient se rassembler pour te célébrer.
Sois béni pour les multiples gestes fraternels à l’égard des plus démunis et pour le dévouement des soignants. Sois béni pour l’accompagnement des malades et le soutien aux familles éprouvées. Sois béni pour l’engagement de ceux qui doivent veiller sur toutes les composantes de notre communauté nationale. Nous t’en prions : accorde maintenant à tous la grâce du discernement et de la détermination pour mettre en œuvre les changements nécessaires et faire face aux difficultés de la période à venir. À chacun des membres de ton Église, accorde d’être attentifs à tous et d’annoncer ton Évangile, et à nous-mêmes, que tu as établis pasteurs de ton peuple, de l’aimer et de le servir avec l’amour qui vient de ton Coeur jusqu’au jour où tu nous accueilleras dans la Cité céleste.