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4° Dimanche de CARÊME – « A » - 15 03 20
Première Lecture : 1Samuel 16 1, 6–7, 10–13
Deuxième Lecture : Éphésiens 5 8–14
Évangile de Jésus Christ selon St Jean 9 1–41
« En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. »
« Il avait de beaux yeux », David, le 8° fils de Jesse, qui gardait le troupeau. Dieu ne l’a pas choisi pour ses beaux yeux. Dieu regarde ce qui se passe dans le cœur de l’Homme. « Dieu ne regarde pas comme les hommes qui se contentent de l'apparence, alors que le Seigneur regarde le cœur.» Quelle leçon pour nous, qui sommes plongés dans une société de l'image, où l'apparence fait loi. Ce qui importe le plus souvent, c'est l'extérieur, la surface, ou comme on dit- le look - qui doit suivre la mode. On vous considère en fonction de vos références, de vos titres, de vos relations, de votre compte en banque. Mais rarement apparaît, ce qui se passe dans le cœur. Nos murs, nos écrans, notre société ne met en valeur que ce qui s’étale, séduit et attire.
Dans l’évangile de ce jour, la foule qui suivait Jésus, était attirée par ses paroles et sa manière d’être. Ce que nous savons, c'est qu'il ne laissait personne indifférent. La beauté du Christ n'est pas dans ses traits extérieurs, mais dans les gestes qu'il accomplit et la Bonne Nouvelle qu’il leur annonce. La beauté d’un être humain, n'est pas dans l’apparence, mais dans ce qu'il permet et transforme. Le Christ était LUMIERE, il invitait les gens à vivre comme des enfants de lumière. L'apôtre Paul nous dit: « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts et le Christ t'illuminera ». Alors ta vie sera : bonté - justice et vérité.
Ces 3 mots, trop souvent utilisés pour tout et n’importe quoi, méritent qu’on s’y arrête. En effet, dans le concret de notre existence, les moments de bonté sont limités. Il y a des jours où les circonstances nous rendent plus généreux et d’autres jours où on est fermé comme une huître. Combien d’injustices nous échappent par indifférence, par aveuglement ou simplement, parce que ça nous gêne et on ne veut pas être dérangé !
Alors Jésus nous invite à prendre le chemin de la guérison, comme l’aveugle de naissance. Sa guérison n’est pas seulement pour ses yeux, mais aussi pour ouvrir son cœur. Jésus lui fait découvrir, qu’il est à la source d’une lumière bien plus grande : « Je suis la lumière du monde; celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres. Il aura la lumière de la vie. » Et encore: « Qui fait la vérité vient à la lumière ».
Dans l'Evangile, il y a l'admirable simplicité de celui qui était aveugle et qui voit encore plus loin, qu'avec ses yeux tout neufs. Il voit et découvre que Jésus est un prophète. Et sur SA parole, il ouvre les yeux de son cœur à la confiance totale: « JE CROIS SEIGNEUR. »
L’évangile de ce 4° dimanche décrit toutes les ambiguïtés de la vie concrète. La guérison de l’aveugle est entourée par la trahison des pharisiens et des notables qui cherchent à éliminer Jésus. Il y a aussi la peur des parents de l’aveugle, la question des apôtres : « d’où vient le mal, qui a péché ? » A partir de ce texte d’évangile, chacun est invité à découvrir les réalités de son temps.
Devant cette pandémie du coronavirus, certains sont tentés de dire que c’est le châtiment de Dieu. Il importe de chercher comment aujourd’hui nous nous sommes éloignés de Dieu qui nous a confié la terre : « Maîtriser et dominer toutes les créatures de la terre… » livre de la Genèse. Aveuglés par toutes les sécurités offertes dans tous les domaines de notre vie, aucun d’entre nous pouvait s’imaginer qu’un petit virus allait envahir notre planète avec sa force destructrice. Le choc actuel causé par ce virus, associé à d’autres phénomènes sociaux, nous presse davantage à une réflexion anthropologique sur l’être humain, nos relations à nos semblables et à notre environnement. Chrétiens, nous sommes aussi interpelés à réfléchir sur notre relation à Celui qui nous a confié la création, et nous invite à y vivre en frères. Dans la situation où nous sommes, où sont grandes les tentations de repli sur soi, de suspicion envers les autres, de mépris et de violence envers les responsables, chrétiens nous avons à redécouvrir la force de la prière : « car sans moi vous ne pouvez rien faire » nous dit Jésus. Efforçons-nous à tenir, là où nous sommes, un témoignage de charité, d’espérance et de paix. Et surtout, ne pas mettre sur le compte de Dieu ce qui relève de notre responsabilité !
La conversion aujourd’hui se joue sur le concret de notre existence et la remise en cause des idées toutes faites. Le CCFD-Terre Solidaire nous invite à agir, à transformer les situations d’injustices. Ça commence par dénoncer et s’attaquer aux racines du mal. Pour ce faire, il faut prendre le temps de réfléchir ensemble sur notre façon de vivre, en lien avec les autres. Maintenant que nous sommes appelés à vivre un confinement d’au moins 15 jours, mettons à profit ce temps pour apprécier la vie familiale (sans IPhone, ni tablette), les échanges et la joie de vivre.
Aujourd’hui, prions Jésus de nous donner sa lumière et des yeux neufs pour bien discerner ce qui peut nous conduire à la bonté, à la justice et à la vérité. Ainsi nous serons plus à même de prendre notre place, dans cette grande marche vers un royaume de paix, de justice et d’amour.
Je me souviens …
C’était le mois de mars 2020 … Les magasins se vidaient, les rues s’étaient dépeuplées, les concerts et les matchs de foot étaient annulés, les ados ne se rendaient plus à l’école ni au skate-park pour retrouver leurs amis, les enfants se retrouvaient avec leurs parents toute une journée à la maison pour jouer ou pleurer, les croyants devaient réinventer leur relation à Dieu en dehors des rites prescrits et de la vie de communauté, les jeunes apprenaient à utiliser leur ordi ou leur smartphone pour s’interroger et critiquer, l’économie n’avait jamais connu un tel revers, … C’était le mois de mars 2020 … Et le printemps n’en savait rien, les fleurs continuaient à éclore, les jonquilles et les tulipes coloraient les jardins, le soleil brillait ou faisait place à la pluie, les hirondelles revenaient et chantaient, le ciel dansait en orange et en bleu, l’eau traversait les campagnes, la terre tournait toujours sur elle-même et autour du soleil, les étoiles scintillaient dans le ciel pendant la nuit…
C’était le mois de mars 2020 … Les habitants de la terre ont été forcés de s’arrêter dans leur course éphémère. Chacun portait un masque qui rappelait l’égalité et la dignité de tous devant le mystère de la vie. Nous avons retrouvé la valeur du silence, des câlins, des gestes de tendresse, Chacun a assumé sa responsabilité. Nous nous sommes questionnés sur notre Essentiel. L’ennemi a été terrassé… Et le printemps n’en savait rien, les fleurs sont devenues des fruits … Nous sommes tous sortis, nous avons embrassés tous nos voisins comme si c’étaient nos meilleurs amis, nous avons fait la fête tous ensemble et nous avons partagé ce que nous avons compris… Alors, est arrivé l’été, parce que le printemps n’en savait rien et il avait poursuivi son chemin… envers et malgré tout, malgré le virus, malgré la peur, malgré la mort… Parce que le printemps n’en savait rien et il nous a tous appris la force de la Vie … Et si nous écrivions ensemble cette Histoire dont nous sommes les héros ?
Xavier ERNST