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12e dimanche du temps ordinaire 21 juin 15
1ère lecture : Job 38,1.8-11
2ème lecture : 2° lettre de St Paul aux Corinthiens 5,14-17
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (4, 35-41)
"Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. » Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque, comme il était; et d'autres barques le suivaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait d'eau. Lui dormait sur le coussin à l'arrière. Ses compagnons le réveillent et lui crient : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il interpelle le vent avec vivacité et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? » Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? " Bible des Peuples
« Maître, nous sommes perdus, cela ne te fait rien?" Ce cri des apôtres, affolés par la tempête, en direction de Jésus qui dort tranquillement au fond de la barque, pourrait être le nôtre aujourd'hui: - Dieu, créateur de l’univers, tu as fait la planète Terre, si belle et harmonieuse d'équilibre et de beauté. Aujourd’hui elle est menacée. Vas-tu laisser se dégrader une œuvre aussi magnifique et riche de promesses ? - Dieu qui a créé l’Homme à ton image, ne vois-tu pas ces milliers de gens qui meurent de faim, qui sont torturés et massacrés, qui périssent dans des catastrophes naturelles, mais aussi les immigrés jetés dans la mer. Pourrais-tu rester indifférent à tant de gâchis, alors que tu ne cesses de manifester ton amour à tous les hommes ? - Christ, ton Eglise connaît une hémorragie de fidèles, de prêtres et de religieux qui ont du mal à se renouveler et se font rares. Il te suffirait d'un souffle pour que le dynamisme et la vitalité de la foi se réveillent et lui donnent un nouvel élan. Apparemment, tu ne fais rien !
NON, le Seigneur ne va pas dissoudre le CO2 qui réchauffe notre planète par miracle ! De même, qu’il ne va pas fertiliser et arroser la terre du Sahel. Il ne va pas non plus arrêter les bras armés qui tuent. Ça pourrait être un beau rêve qui nous arrange, mais ce n’est pas la logique de Dieu. Dieu nous a confié la PLANÈTE comme il nous a confié nos frères. "Dominez la terre, soumettez-la ". En d'autres termes, organisez la terre et les peuples de telle façon que chaque homme soit respecté dans sa race, sa religion, sa culture. Il importe que chacun puisse contribuer avec son cœur, son intelligence et la force de ses bras à l'édification d’une société plus juste et plus fraternelle. Le soleil ne brille-t-il pas pour tous les hommes ? Est-ce que Dieu ne donne pas la chance à chacun de découvrir un peu de bonheur qui puisse lui réchauffer le cœur ? Avec cette terre et l’univers, Dieu a donné tout ce qu’il fallait pour qu'elle puisse se développer et porter de bons fruits. Il a donné à l'homme assez d'intelligence et de cœur pour comprendre et être acteur de son avenir. Dieu n'est pas du genre à faire une O.P.A. sur la gestion qu'il nous a confiée.
Pour nous aider à mieux comprendre ce qui s’est passé sur le lac de Tibériade ce jour-là, St Marc nous livre deux symboles : « Passons sur l’autre rive » et la « mer déchainée». L’un est choisi, l’autre est subi. Cette autre rive, ce n'est pas seulement l'autre côté du lac ; c'est aussi celle du monde païen. Jésus veut le rejoindre pour lui annoncer la Bonne Nouvelle de l'Évangile. Il veut manifester la dimension universelle de sa mission. D’autre part, dans le monde de la Bible, la mer : c'est le repère des démons et des forces du mal. Au temps de Jésus, on croyait que les puissances du mal et de la mort habitaient le fond de la mer. On craignait les eaux et la mer agitées. C'est dans ce contexte que se déroule le récit de l’évangile.
Nous voyons Jésus fatigué qui s’endort à l’arrière de la barque, alors que les disciples s’affolent, gagnés par la peur. Quelque peu paradoxale me direz-vous, le fils du charpentier de Nazareth dort paisiblement alors que les pêcheurs habitués aux intempéries pensaient qu'ils étaient perdus, tout en ayant à bord Jésus, le Fils de Dieu. Et quel a été le résultat ? Jésus commande aux forces de la nature. La tempête est réduite au silence, la mer redevient calme. Ce qui intéresse St Marc, ce n’est pas l’aspect spectaculaire de la tempête apaisée mais la question que Jésus pose à ses disciples : « Comment se fait-il que vous n'ayez pas la foi ? » C’est nous aujourd’hui que Jésus interpelle de la même façon. Comme les apôtres nous réagissons avec nos peurs, nos angoisses quand nous sommes affrontés aux multiples brutalités de la vie. Tous les jours, les journaux, la radio et la télévision nous parlent de la crise, du chômage, de la précarité et des violences de toutes sortes. Le Pape François en parlant d’une troisième guerre mondiale nous rappelait la gravité et l’urgence de nous mobiliser pour la paix. Et depuis, ce 18 juin 2015, il publie sa première encyclique en invitant tout être humain à prendre soin de son environnement. Autrement dit, dans les catastrophes qui touchent les hommes, chacun doit contribuer à retrouver une sérénité dans la vie et une terre accueillante.
L'Église, elle aussi, comme la société des hommes, n’est pas épargnée, souvent elle est critiquée, ridiculisée ou incomprise pour de multiples raisons. Il en est de même dans nos vies : nous traversons des tempêtes et pourtant Dieu est là, à nos côtés. Nous avons des besoins profonds : besoin de sens à donner à notre vie, de paix intérieure, d'amour sans limite, de vie pleine qui dure toujours. Les bons sentiments, ça nous connait, mais à la première épreuve : maladies, deuils, difficultés de toutes sortes nous risquons de flancher, et même de tout remettre en question. Comme les disciples, notre foi n’est pas assez ancrée dans la confiance en Dieu.
Le sentiment de l'absence de Dieu, de l'abandon, est une épreuve pour notre foi. Jésus nous enseigne aujourd'hui que nous devons aborder toute épreuve avec un peu de recul et avec une grande confiance.
La barque dans la tempête n'est pas qu'un simple épisode. C'est une image de notre vie et de notre foi. C'est une image qui illustre aussi le sort de l'Église, les dangers qu'elle traverse et le secours que Jésus lui apporte. La barque de l'Eglise peut être menacée, malmenée. Elle arrivera à bon port si elle est guidée, animée par l’Esprit de la Pentecôte. Cet Esprit travaille le cœur de tant d'hommes et de femmes pour ramer, écoper, travailler, prier, croire et espérer.
C'est un dur chemin, mais Jésus nous engage à le prendre sans crainte, car au bout du chemin, c'est lui-même qui apaisera toutes nos tempêtes. Savoir Jésus présent dans la barque, cela devrait nous rassurer.