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20° Dimanche du Tps Ord "A" 17 08 14

20° Dimanche du Tps Ord « A » - 17 08 14

Première Lecture : Isaïe 56 1, 6–7

Deuxième Lecture : Romains 11 13–15, 29–32

Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 15 21–28

Jésus partit de là et s’en alla vers la frontière de Tyr et Sidon. Une femme cananéenne, qui venait de ce territoire, arriva alors en criant : “Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est affligée d’un démon !” Jésus ne répond rien. Les disciples insistent auprès de lui : “Renvoie-la, vois comme elle crie après nous !” Jésus leur répond : “Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues du peuple d’Israël.” Mais la femme vient se jeter aux pieds de Jésus en lui disant : “Seigneur, fais quelque chose pour moi !” Jésus lui répond : “On ne prend pas le pain des enfants pour le jeter aux chiens.” La femme lui dit : “Bien sûr, Seigneur, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table des maîtres.” Alors Jésus lui fait cette réponse : “Femme, ta foi est grande, que la chose se fasse comme tu le veux.” Et dès ce moment-là sa fille fut guérie. (Bible des Peuples)

Jésus est de passage avec ses disciples en terre païenne. Sa renommée a dépassé les frontières. Et la première étrangère, qui ose l’aborder, est très marquée par la souffrance de sa fille. Sans connaître Jésus, sinon par ce qu’on dit de lui, elle espère qu’il va guérir sa fille. Les juifs traitaient les païens de chiens. Cette étrangère est désespérée. Elle crie, parce qu'elle devine que son salut vient de Jésus. Elle interpelle Jésus avec une telle insistance que les disciples veulent la faire taire. Cette femme crie sa douleur de mère qui voit son enfant affligée d'un mal mystérieux. Elle se montre audacieuse, et les mots de Jésus sont regardés par plusieurs comme étant injustes, incorrects : - « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. - Laisse d'abord les enfants se rassasier; car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. » Pourquoi cette attitude chez Jésus ? Fait-il semblant d’être dur et indifférent ? Bizarre ! On a l’impression qu’il est bêtement humain. Comme nous, il s’est laissé entraîner par le poids des préjugés et des exclusions diverses.

Concernant, les premiers mots de Jésus, il faut savoir que l'Évangile de Matthieu était destiné d'abord aux Juifs devenus chrétiens et placés à un tournant historique. Ils traînent avec eux leur conception juive de la vie et de Dieu. De ce Dieu qui est en premier lieu, Dieu d’Israël, et non pas, Dieu des païens. Les disciples, juifs élevés à la juive, se considéraient comme le peuple élu. Aussi, selon leur mentalité, ils demandent la guérison de la malade pour ne plus entendre les plaintes de sa mère. Quand à Jésus, son objectif est de faire grandir la foi des disciples et de la Cananéenne, en dépassant le merveilleux pour aller jusqu’à la conversion. La fréquentation de Jésus doit entraîner des changements dans nos façons de voir et de vivre : c’est cela la conversion, et elle n’est jamais finie.

Par là, Jésus nous invite aussi à nous laisser emporter par un élan de compassion pour la souffrance, la détresse de ceux qui nous sont étrangers, de ceux qui nous sont lointains. Et c’est de plus en plus difficile, car aujourd’hui, on voit tant de souffrance à la télévision, en étant assis dans notre fauteuil, et en ne recevant même pas le son des cris des malheureux, qu’on se garde bien de nous faire entendre. On en devient blasé et impuissant. Jésus ne veut pas qu’on se blase de ces drames. Il veut nous entraîner dans la compassion. Il veut nous entraîner à demander grâce pour ceux qui souffrent le mépris de leur intégrité d’homme et de femme, aimés de Dieu. Jésus ne franchit donc pas les frontières d’Israël pour fuir son peuple, mais pour ouvrir les yeux sur une réalité qui nous dépasse : à l’image de la Cananéenne, prête à franchir tous les obstacles pour sauver sa fille. A notre tour, nous sommes invités à nous mettre à l’école de Jésus, lorsque nous sommes devant de nouveaux défis, peut-être un nouveau tournant historique. A quoi faut-il être ouvert? A quoi faut-il tenir ? Il faut oser comme chrétiens accueillir la nouveauté des événements. Il faut oser se laisser interpeller par la Parole de Dieu. Jésus veut aussi que notre action en faveur des malheureux soit un témoignage de la grâce que Dieu nous a fait. Il nous aime jusqu’au bout de nos limites et nous invite à briser notre solitude et nos enfermements.

Dans notre vie, Dieu agit de la même façon qu’avec cette mère qui ne doit pas être considérée comme étrangère. Dans la mesure où nous sommes impliqués dans des drames humains, nous pouvons compter sur la tendresse de Dieu. En même temps, Dieu nous renvoie à nos responsabilités et à nos capacités d’agir. Car l’Esprit de Dieu nous est donné pour nous déterminer, encore faut-il ne pas faire la sourde oreille. Les habitudes prises sont difficiles à changer.

La détermination de cette mère lui permet de dépasser tous les obstacles et les apparences incompréhensibles. Elle a fait confiance à l’identité véritable de Jésus. Comme cette étrangère, Jésus nous invite à entrer dans ce combat où chacun doit développer sa confiance et sa foi en l’amour de Dieu. Ce n’est pas un rêve, une utopie, une vue de l’esprit, mais cet amour et cette foi sont enracinés dans l’amour du prochain.

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