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Le 18° Dimanche du Temps Ordinaire « A » 03 Août 14
Première Lecture : Isaïe 55 1–3
Deuxième Lecture : Romains 8 35, 37–39
Évangile de Jésus-Christ selon Matthieu 14, 13-21
Lorsque Jésus connut la nouvelle (de la mort de Jean-Baptiste), il s’éloigna et partit discrètement avec la barque vers un lieu désert. Mais la foule l’apprit et les gens vinrent des villes à pied pour le rejoindre. En débarquant, Jésus vit cette foule nombreuse, il eut pitié d’eux et il guérit leurs malades. Lorsque le soir arriva, ses disciples s’approchèrent de lui et lui dirent : “L’endroit est désert et l’heure est déjà passée. Renvoie cette foule pour qu’ils aillent s’acheter de quoi manger dans les villages voisins.” Mais Jésus leur dit : “Il n’est pas nécessaire qu’ils s’en aillent, donnez-leur vous-mêmes à manger.” Ils lui disent : “Ici, nous n’avons que cinq pains et deux poissons !” Alors Jésus leur dit : “Apportez-les-moi ici !” Puis il donne l’ordre à tout le monde de s’étendre sur l’herbe. Il prend les cinq pains et les deux poissons, il lève le regard vers le ciel, il prononce la bénédiction et rompt le pain. Ensuite il donne le pain aux disciples et les disciples le donnent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta les morceaux qui restaient : douze pleins paniers. Pourtant ceux qui avaient mangé étaient près de 5 000 hommes, sans compter les femmes et les enfants. « Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. » (Bible des Peuples)
En cette période d’été, on pourrait imaginer que Jésus, comme chacun, avait besoin de se recueillir et de trouver un peu de silence ! Il avait certainement envie de changer d’air, il avait un besoin urgent de sortir du contexte où on voulait l’enfermer. Il était bouleversé par les menaces du pouvoir et l’exécution de son précurseur, Jean-Baptiste. Il était écœuré par l’attitude des puissants à l’égard des petits et de tous ceux qui gênent, parce qu’ils dénoncent les injustices. Par contre, les foules apprécient sa démarche. Elles le cherchent et veulent prendre le chemin qu’il propose, pour être plus libres. Sa présence et sa parole sont entraînantes et donnent de l’espérance au lieu d’écraser. Parce que ces foules quittent leurs villes pour le rejoindre, on peut y déceler une grande confiance à son égard. L’évangéliste Matthieu met cette confiance en valeur, car elle sera la base d’une rencontre merveilleuse entre Jésus et cette foule.
Aujourd’hui, comment rester indifférent devant les images insupportables de famine dans certaines régions d’Afrique comme la Somalie, Ethiopie…. C’est la même chose dans nos banlieues où des campements de réfugiés sont insupportables, car la misère a remplacé la nourriture ? Pour le moment on se contente de les déplacer pour ne plus les voir. Combien de réfugiés, d’affamés risquent leur vie pour partager quelques miettes de notre superflu. Manquer du nécessaire, c'est aussi la dure réalité de la vie de milliers de personnes autour de nous.
Depuis près de quatre semaines, la confrontation par les armes, entre Israël et la bande de Gaza ne trouve pas d’issue. Reste la comptabilité des morts sans commune mesure et les gens marqués à vie dans leur chair et dans leur cœur. Effectivement, nous nous trouvons devant les situations des plus dramatiques qui soient. Je voudrais l’illustrer par la parabole suivante.
« Un riche et un pauvre soutenaient leurs ventres des deux mains : chacun souffrait d’ulcère. « J’ai trop mangé » dit l’un. « J’ai trop faim » dit l’autre. - Aurais-tu un remède pour moi ? dit le riche. - Bien sûr, répond le pauvre : faisons table commune ! - Marché de dupe ! s’écrie le riche : qui s’y laisserait prendre ? - Tu refuses mon remède parce que tu préfères ton mal à mon bien. Sans doute, j’envie ce que tu as. Mais toi, tu as peur de ce que je suis. C’est au cœur que nous avons l’ulcère. »
Le problème de la faim dans le monde, mais aussi le problème du terrorisme sont des problèmes d’Homme. Ils ne sont pas d’abord la conséquence de la pénurie et du manque de moyens matériels et techniques. Ils sont le résultat du chacun pour soi, de l’accumulation et du manque de confiance. On trouve toujours de bonnes raisons pour justifier l’accueil de l’étranger qui a de l’argent et des capacités, alors qu’on renvoie à sa misère celui qui n’a rien. N’avez-vous jamais entendu cette triste justification : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » On reste enfermé sur cette croyance que la violence et la force auront le dernier mot.
La tentation des apôtres, « renvoie cette foule, qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger », n’est-elle pas partagée par les meilleurs d’entre nous : « On n’y est pour rien, qu’ils se débrouillent ! » - « Où est le problème ? dit Jésus. Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Autrement dit : « Quand il y a un problème, c’est en vous qu’il faut trouver la solution ! » Il se passe donc ceci. À une logique de consommation : vendre – acheter, Jésus répond par une logique de gratuité : donner – recevoir. De plus en plus de voix proclament qu’il est grand temps de fonder notre civilisation sur de nouvelles bases, sinon nous allons à notre perte. N’est-ce pas ce qu’Isaïe nous promettait déjà : « Venez, achetez sans argent et sans rien payer ! » Mais ils rêvent, ces prophètes !
« Nous n'avons que 5 pains et 2 poissons! » Nous nous sentons démunis devant la violence, les tensions, les groupes humains qui sont en train de se disloquer sous les coups de boutoirs des multiples réformes engagées dans tous les domaines. Nous avons tendance à renvoyer la foule, à renvoyer les problèmes ailleurs, car nous nous sentons dépassés. Ces 5 pains et ces 2 poissons, Jésus les offre à son Père. Par là, il offre l’humanité entière, avec ses limites et ses semences de communion. « Et tous mangèrent à leur faim ». C’est l’annonce de l’Eucharistie, le pain de VIE pour l’humanité entière. C’est l’Amour de Dieu mêlé à nos vies !
Et si nous restions ensemble, et si on apprenait à se parler. Si la confiance pouvait renaître, peut-être que beaucoup de choses pourraient retrouver du bon sens. C’est l’inverse du sauve-qui-peut où chacun se préoccupe de sa survie y compris aux dépens de ses proches. Le monde actuel est riche en moyens, mais pauvre en fraternité, en communication, en partage. Et si c'était notre propre cas, ça vaudrait certainement le coup de se mettre ensemble pour partager nos petits moyens et nous mettre à l’ouvrage pour bâtir cette cité fraternelle où le pain, si important à la vie des hommes, ne fera plus jamais défaut sur la table de l’humanité. Par ce travail collectif, on entre dans l’amour de Dieu. C’est cet amour, qu’il veut partager avec nous tous.